Minerais critiques : Dr Badié Hima alerte sur le « nouveau visage de la géopolitique mondiale » en Afrique
À Accra, une conférence de haut niveau a réuni experts et décideurs autour d'un thème sensible : la gouvernance des minerais critiques et les conflits qu'ils alimentent en Afrique. En marge de cet événement, Dr Badié Hima, directeur fondateur du laboratoire MAT et ancien directeur-résident du National Democratic Institute (NDI) au Togo puis au Mali, a livré son analyse des rapports de force en jeu sur le continent. Spécialiste reconnu de la gouvernance démocratique, Dr Hima affirme que les minerais critiques sont devenus « le nouveau visage de la géopolitique mondiale », soulignant la place désormais centrale de ces ressources dans les tensions internationales qui traversent l'Afrique. Pour les États africains riches en ressources stratégiques, cette analyse pose une question cruciale : comment transformer une richesse minière convoitée en levier de développement plutôt qu'en facteur de conflit et d'ingérence extérieure ? Le parcours de Dr Hima, entre gouvernance démocratique et enjeux miniers, invite à lire ces tensions à travers un double prisme : la solidité des institutions locales face aux appétits extérieurs, et la capacité des pays africains à négocier collectivement leur position dans les chaînes de valeur mondiales des minerais stratégiques.
Heeren Darji
Les minerais critiques au cœur des enjeux géopolitiques africains
Lors de la récente conférence à Accra, Dr Badié Hima, expert en gouvernance démocratique et ancien directeur-résident du National Democratic Institute (NDI) au Togo puis au Mali, a souligné la place centrale de ces ressources dans les tensions internationales qui traversent l'Afrique. Selon lui, ces ressources, qui incluent des éléments essentiels pour les technologies modernes, sont devenues un terrain d’affrontement économique à l’échelle planétaire. Cette ruée vers les minerais critiques expose davantage l’Afrique à des tensions économiques, politiques et sécuritaires si les États ne renforcent pas leurs mécanismes de gouvernance. Dr Hima évoque la notion de "malédiction des ressources", un phénomène où les pays riches en ressources stratégiques se retrouvent souvent en proie à des conflits internes et à des ingérences extérieures. Pour éviter que les minerais critiques ne deviennent une source de conflit, il voit trois préconditions pour que les minerais critiques deviennent des pourvoyeurs de paix, des moteurs de développement et non des facteurs de conflit : la gouvernance, la transparence et la participation des communautés.
La gouvernance comme clé de la paix
La gouvernance est présentée par Dr Hima comme le fondement sur lequel repose l'exploitation des minerais critiques. Il insiste sur la nécessité d'une transparence totale dans la gestion des ressources. Cela implique que les contrats d'exploitation soient publiés et que les revenus générés soient rendus publics. Une telle transparence permettrait d'établir un débat critique sur l'utilisation des ressources, ce qui est crucial pour éviter les dérives et les abus. En parallèle, Dr Hima souligne l'importance de la participation des communautés locales dans le processus décisionnel. Il critique les pratiques actuelles où plus des trois quarts des participants découvrent les termes de référence une fois dans la salle. Pour lui, une véritable inclusion des citoyens est indispensable pour bâtir des institutions solides et résilientes. Cela nécessite une "capacitation à la participation", où l'on doit habiliter les communautés à participer utilement et renforcer leurs capacités pour qu’elles puissent formuler des points de vue rationnels, informés et pertinents.
Nationalisation et souveraineté des États
Dr Hima aborde également la question de la nationalisation des ressources, notamment dans le cadre de l'Alliance des États du Sahel (AES). Il affirme que cette démarche peut être bénéfique pour lutter contre l'insécurité et la pauvreté, à condition que les États soient capables de gérer efficacement ces ressources. La nationalisation exige d’abord une forte capacitation de l’État, notamment en moyens d’exploitation. Il rappelle que les ressources naturelles appartiennent aux communautés et aux États, et que la nationalisation doit elle aussi obéir à des exigences démocratiques. Cela suppose un débat public sur la manière dont on nationalise, sur la manière dont on exploite, sur les revenus générés, sur les quantités produites, sur ce qui est dégagé chaque année.
Vers une déclaration continentale
Dr Hima exprime le souhait que la rencontre d'Accra serve de point de départ pour une réflexion collective sur la gouvernance des minerais critiques en Afrique. Il envisage la création d'un think tank continental qui serve de think tank continental, à la fois en matière de plaidoyer auprès des institutions sous-régionales et régionales, mais aussi en matière de production d’idées. Cette initiative pourrait permettre de donner une voix aux aspirations des peuples africains face aux enjeux géopolitiques liés à l'exploitation des minerais critiques.
Ce que cela change
Pour un entrepreneur ou un investisseur africain, il alerte sur la place centrale qu’occupent désormais ces ressources dans les rapports de force mondiaux. Autrement dit, les minerais critiques constituent « le nouveau visage de la géopolitique mondiale ». Les entreprises qui s'engagent dans des pratiques responsables et inclusives pourraient non seulement renforcer leur légitimité, mais aussi contribuer à la stabilité et à la paix dans les régions où elles opèrent.
Source : Financial Afrik
Source : Financial Afrik
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