Intelligence économique

Sim Tshabalala (Standard Bank Group) : « La xénophobie entraîne des taux d'intérêt plus élevés, moins d'investissements et moins d'emplois »

Alors que l'Afrique du Sud reste marquée par des vagues récurrentes de violences xénophobes (émeutes de 2008, 2015, 2019, mouvement Operation Dudula) sur fond de chômage record avoisinant 32%, le PDG de Standard Bank Group, Simpiwe Sim Tshabalala, signe une tribune dans Financial Afrik pour contester le discours accusant les migrants de « prendre les emplois » et « tirer les salaires vers le bas ». Selon lui, « ces affirmations sont, tout simplement, contredites par les faits » et « dans l'ensemble, les migrations sont bénéfiques à la croissance économique et favorisent la création d'emplois ». Le dirigeant, à la tête de la plus grande banque africaine par les actifs, relie migrations et services financiers : transferts de fonds, comptes de transaction, opérations de change, portefeuilles mobiles, réseaux de retrait d'espèces, paiements marchands. Il insiste sur la nécessité de pouvoir « transférer de l'argent de manière sûre, peu coûteuse et conforme à la réglementation au-delà des frontières ». Pour Etats et investisseurs, le message est clair : l'instabilité sociale liée à la xénophobie renchérit le coût du capital et fragilise l'emploi local, contrairement au narratif populiste. Cette prise de position d'un dirigeant bancaire majeur illustre un enjeu structurel : dans une Afrique du Sud engagée dans la ZLECAf, la libre circulation des personnes et des capitaux conditionne la baisse des primes de risque et l'inclusion financière transfrontalière.

Rédaction Sankofa Finance·
Sim Tshabalala (Standard Bank Group) : « La xénophobie entraîne des taux d'intérêt plus élevés, moins d'investissements et moins d'emplois »

Les migrations : un moteur de croissance économique

Dans une tribune publiée dans Financial Afrik, Sim Tshabalala, PDG de Standard Bank Group, aborde le lien crucial entre les migrations et les services financiers en Afrique. Il souligne que le continent africain reçoit chaque année environ 100 milliards de dollars de transferts de fonds envoyés par les migrants vers leurs pays d’origine. Ces flux financiers, qui dépassent les investissements directs étrangers et l'aide publique au développement, témoignent de l'importance des migrants dans le développement économique des pays d'accueil et d'origine. Les migrants ne sont pas seulement des travailleurs ; ils sont aussi des consommateurs, des locataires, des usagers des transports, des épargnants, des emprunteurs, des commerçants et des entrepreneurs. Leur présence peut générer des opportunités d'emploi pour les populations locales, contredisant ainsi les discours populistes qui les accusent de tirer les salaires vers le bas. Les données empiriques montrent toutefois qu’en règle générale, elles ont un effet positif sur la croissance, tandis que leur impact sur les travailleurs locaux est le plus souvent limité et, dans de nombreux cas, favorable.

Les effets de la xénophobie sur l'économie

Tshabalala met en lumière les conséquences néfastes de la xénophobie sur l'économie sud-africaine. Il argue que la xénophobie nuit plus largement aux économies. Elle freine la croissance et la création d’emplois dans les pays d’accueil. Les vagues de violence xénophobe qui ont secoué le pays témoignent d'une instabilité sociale qui nuit à la confiance des investisseurs. Pour Tshabalala, la gestion des migrations est donc un enjeu central pour les entreprises, car elle affecte directement leur capacité à opérer sur le marché africain. Une approche rationnelle et efficace des migrations est essentielle pour maintenir la confiance des consommateurs et des investisseurs, ainsi que pour garantir la pérennité des entreprises dans un environnement économique en mutation.

L'intégration économique à travers les migrations

Au-delà des conséquences économiques immédiates, Tshabalala évoque l'importance des migrations pour l'intégration économique en Afrique. Les migrants créent des corridors de commerce, d’information et de finance. Ils sont souvent les premiers à adopter des solutions de paiement transfrontalières et à utiliser des services bancaires adaptés aux besoins des diasporas. Pour une PME ou un investisseur africain, cela signifie que les migrations peuvent ouvrir des opportunités de marché et renforcer les liens commerciaux au sein du continent. La libre circulation des personnes et des capitaux conditionne la baisse des primes de risque et l'inclusion financière transfrontalière. En effet, la mise en œuvre intégrale de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) d’ici 2045 pourrait accroître le commerce intra-africain de 276 milliards de dollars, soit une hausse de 45 %, et augmenter le PIB du continent de 141 milliards de dollars.

Ce que cela change

Pour un entrepreneur ou un investisseur africain, les réflexions de Tshabalala soulignent l'importance de considérer les migrations non pas comme un obstacle, mais comme une opportunité. En intégrant les migrants dans leurs stratégies d'affaires, les entreprises peuvent bénéficier d'une main-d'œuvre diversifiée et d'un accès à de nouveaux marchés. Par ailleurs, la promotion d'un climat de confiance et d'ouverture envers les migrants peut également contribuer à améliorer l'image de marque des entreprises et à renforcer leur position sur le marché africain. En somme, la gestion des migrations est un enjeu stratégique qui peut influencer la croissance et la durabilité des entreprises sur le continent.

Source : Financial Afrik

Source : Financial Afrik

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