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Banques centrales : de Stockholm à Dakar, l'invention du prêteur en dernier ressort

En 1668, à Stockholm (royaume de Suède), le Riksdag (Parlement suédois) crée la Riksbank — Sveriges Riksbank — à partir des actifs de la banque privée de Johan Palmstruch, mise en faillite deux ans plus tôt pour avoir émis trop de billets de banque par rapport à ses réserves en métal. La Riksbank est généralement considérée comme la première banque centrale de l'histoire dans le sens moderne du terme : une institution publique disposant du privilège exclusif d'émission de la monnaie dans un État souverain.

Publié le 09 septembre 2026

# Banques centrales : de Stockholm à Dakar, l'invention du prêteur en dernier ressort

Rubrique Banque & monnaies — Sankofa Finance | Sous-chapitre 2/5

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Introduction

En 1668, à Stockholm (royaume de Suède), le Riksdag (Parlement suédois) crée la Riksbank — Sveriges Riksbank — à partir des actifs de la banque privée de Johan Palmstruch, mise en faillite deux ans plus tôt pour avoir émis trop de billets de banque par rapport à ses réserves en métal. La Riksbank est généralement considérée comme la première banque centrale de l'histoire dans le sens moderne du terme : une institution publique disposant du privilège exclusif d'émission de la monnaie dans un État souverain. De Stockholm en 1668 à Lagos en 1958 (création de la Banque centrale du Nigeria) et à l'Afrique de l'Ouest francophone en 1959 (création de la BCEAO, dont le siège ne quittera Paris pour Dakar qu'en 1978), cet article retrace l'invention et la diffusion mondiale des banques centrales — institutions aujourd'hui présentes dans la quasi-totalité des États souverains.

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I. Origines (1600-1800)

1.1 Les précurseurs : les banques de change (XVIe-XVIIe siècle)

Avant les banques centrales, des institutions proches existent dans les grandes villes commerçantes européennes. La Banco di Rialto (Venise, 1587) et la Banco del Giro (Venise, 1619) sont des banques publiques de dépôt et de change, garanties par la cité. La Wisselbank d'Amsterdam (1609, actuelle Amsterdam, Pays-Bas) est la plus sophistiquée : elle accepte les dépôts de commerçants de toute l'Europe, tient des comptes en une monnaie de compte stable (le florin de banque) et facilite les règlements interbancaires. Elle n'émet pas de billets et ne fait pas de crédit — elle n'est donc pas encore une banque centrale au sens plein, mais elle en pose les fondations.

1.2 La Riksbank (1668) et la Banque d'Angleterre (1694)

La Riksbank suédoise (1668) est suivie vingt-six ans plus tard par la Banque d'Angleterre (1694, Londres). Celle-ci est fondée pour financer les guerres de Guillaume III d'Orange contre la France : en échange d'un prêt de 1,2 million de livres sterling à l'État, elle reçoit le privilège d'émettre des billets. La Banque d'Angleterre devient le modèle de référence pour la plupart des banques centrales créées aux XIXe et XXe siècles.

1.3 L'invention de la fonction de prêteur en dernier ressort

La notion de « prêteur en dernier ressort » (lender of last resort) est formalisée par l'économiste britannique Walter Bagehot dans son ouvrage Lombard Street (1873) : en cas de panique bancaire, la banque centrale doit prêter librement, à un taux pénalisant, contre des garanties de bonne qualité. Cette doctrine, appliquée pour la première fois de manière systématique par la Banque d'Angleterre lors des crises bancaires britanniques du XIXe siècle, reste le fondement de la gestion des crises bancaires systémiques au XXIe siècle.

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II. Expansion mondiale (1800-1945)

2.1 La Banque de France (1800) et la vague européenne

Napoléon Bonaparte crée la Banque de France le 18 janvier 1800 à Paris, avec le statut d'institution privée bénéficiant du privilège d'émission des billets. Elle est nationalisée en 1945. Sa création inspire une vague de fondations de banques centrales en Europe : Banque des Pays-Bas (1814, Amsterdam), Banque nationale d'Autriche (1816, Vienne), Banque nationale de Belgique (1850, Bruxelles), Bundesbank (précurseurs : Reichsbank 1876, Francfort puis Berlin ; Bundesbank 1957, Francfort).

2.2 La Réserve fédérale américaine (1913)

Les États-Unis, méfiants envers toute institution centrale trop puissante (deux tentatives de banque nationale avortées au XIXe siècle), créent finalement la Federal Reserve (Fed) par le Federal Reserve Act du 23 décembre 1913. La Fed est un système décentralisé de douze banques de réserve fédérale régionales, coiffé par un Board of Governors à Washington. Sa création est directement motivée par la panique bancaire de 1907, qui avait failli provoquer l'effondrement du système financier américain.

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III. Banques centrales africaines

3.1 Les banques centrales coloniales (1900-1960)

Pendant la période coloniale, les fonctions de banque centrale dans les territoires africains sont assurées par des institutions métropolitaines ou parapubliques : la Banque de l'Afrique occidentale (BAO, fondée en 1901, Paris) pour l'Afrique occidentale française ; la Banque du Congo belge pour le Congo belge. Ces institutions ne sont pas des banques centrales au sens moderne : elles émettent certes la monnaie, mais leurs principales bénéficiaires sont les intérêts commerciaux coloniaux.

3.2 La création des banques centrales africaines post-indépendance

La vague des indépendances africaines (1956-1965) s'accompagne de la création des premières banques centrales africaines souveraines : la Banque centrale du Nigeria (CBN, fondée en 1958 à Lagos, opérationnelle en 1959) ; la Banque du Ghana (fondée en 1957, coïncidant avec l'indépendance du Ghana le 6 mars 1957, première banque centrale d'Afrique noire indépendante) ; la BCEAO (Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest, créée le 4 avril 1959 avec son siège à Paris, institut d'émission commun de l'UMOA à partir du traité du 12 mai 1962 ; son siège n'est transféré à Dakar qu'en juillet 1978, et il est inauguré le 28 mai 1979 ; elle sert aujourd'hui les huit pays de l'UEMOA) ; la BEAC (Banque des États de l'Afrique centrale, créée par les accords de Brazzaville des 22 et 23 novembre 1972 ; son siège passe de Paris à Yaoundé le 1er janvier 1977 ; elle sert aujourd'hui les six pays de la CEMAC). Pour ces deux banques, la date de création ne coïncide donc pas avec le retour du siège sur le continent : un écart de près de vingt ans pour la BCEAO.

3.3 Le modèle de la South African Reserve Bank

La South African Reserve Bank (SARB), fondée en 1921 à Pretoria — l'une des plus anciennes banques centrales d'Afrique et de l'hémisphère Sud — est un modèle de banque centrale avec actionnariat privé (comme la Banque d'Angleterre avant 1946) mais sous contrôle et mandat public. Elle est la première banque centrale africaine à adopter un ciblage d'inflation formel (2000).

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IV. Enjeux et futurs possibles

4.1 L'indépendance des banques centrales

L'indépendance des banques centrales vis-à-vis du pouvoir politique — consacrée comme norme internationale dans les années 1990 — est mise sous pression dans plusieurs pays africains par des gouvernements cherchant à financer leurs déficits par création monétaire. Le Zimbabwe (hyperinflation de 2007-2008, avec un taux estimé à 79,6 milliards de pourcent en novembre 2008) et le Soudan du Sud (inflation à plus de 800 % en 2016) illustrent les conséquences extrêmes de la perte d'indépendance effective des banques centrales.

4.2 La monnaie unique africaine

L'Agenda 2063 de l'Union africaine prévoit la création d'une banque centrale africaine et d'une monnaie unique continentale. Ce projet, régulièrement discuté depuis les années 2000, se heurte à des obstacles structurels considérables : divergences des cycles économiques entre pays, différences de niveaux d'inflation, questions de souveraineté. Il reste, pour l'heure, un horizon à long terme plutôt qu'un projet opérationnel.

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V. Synthèse méthode Sankofa

L'image simple à retenir. Les banques centrales sont nées d'une double nécessité : financer les États (Banque d'Angleterre, 1694) et éviter les paniques bancaires (rôle de prêteur en dernier ressort codifié par Bagehot, 1873). En Afrique, elles sont presque toutes des enfants de l'indépendance — nées dans les années 1957-1975, souvent calquées sur des modèles coloniaux hérités. Leur défi est de conquérir une indépendance réelle, pas seulement formelle, face à des gouvernements qui cherchent souvent à financer leurs déficits par la planche à billets.

Croquis conceptuel. Une ligne du temps mondiale : 1609 (Wisselbank Amsterdam), 1668 (Riksbank), 1694 (Banque d'Angleterre), 1800 (Banque de France), 1873 (Bagehot, Lombard Street), 1913 (Fed américaine), 1921 (SARB Pretoria), 1957 (Banque du Ghana), 1958 (CBN Lagos), 1959 (BCEAO, siège à Paris), 1962 (traité de l'UMOA), 1972 (BEAC, accords de Brazzaville), 1977 (siège de la BEAC à Yaoundé), 1978 (siège de la BCEAO à Dakar). Parallèle : une ligne pour l'Afrique montrant la concentration des fondations dans la période 1957-1975.

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Article rédigé pour Sankofa Finance, rubrique Banque & monnaies, sous-chapitre 2/5.

Bibliographie

  • Goodhart, Charles A.E. *The Evolution of Central Banks*. MIT Press, 1988.
  • Ugolini, Stefano. *The Evolution of Central Banking: Theory and History*. Palgrave Macmillan, 2017.
  • Banque des règlements internationaux (BRI). *Central bank history and governance*. bis.org.
  • Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO). *Histoire de la BCEAO*. bceao.int.