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Mobile money : comment un pilote financé par l'aide britannique a transformé l'Afrique
En mars 2007, au Kenya (Nairobi), Safaricom — l'opérateur de téléphonie mobile dominant du pays, alors détenu à 40 % par Vodafone (Royaume-Uni) et à 35 % par le gouvernement kenyan — lance M-Pesa (M pour « mobile », pesa pour « argent » en swahili). Ce service permet à tout détenteur d'un téléphone mobile basique d'envoyer et de recevoir de l'argent, de payer des factures et de retirer du cash auprès d'agents de proximité — sans avoir besoin d'un compte bancaire. M-Pesa n'est pas une invention sortie de nulle part : elle est le fruit d'un projet-pilote financé entre 2003 et 2006 par le Department for International Development (DfID) du gouvernement britannique, avec une contribution de 910 000 livres sterling, complétée par 990 000 livres de Vodafone.
Publié le 09 septembre 2026
# Mobile money : comment un pilote financé par l'aide britannique a transformé l'Afrique
Rubrique Banque & monnaies — Sankofa Finance | Sous-chapitre 4/5
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Introduction
En mars 2007, au Kenya (Nairobi), Safaricom lance M-Pesa (M pour « mobile », pesa pour « argent » en swahili). Ce service permet à tout détenteur d'un téléphone mobile basique d'envoyer et de recevoir de l'argent, de payer des factures et de retirer du cash auprès d'agents de proximité — sans avoir besoin d'un compte bancaire. M-Pesa n'est pas une invention sortie de nulle part : elle est le fruit d'un projet-pilote financé entre 2003 et 2006 par le Department for International Development (DfID) du gouvernement britannique, avec une contribution de 910 000 livres sterling, complétée par 990 000 livres de Vodafone. En 2024, le mobile money est devenu une infrastructure financière de masse en Afrique subsaharienne : plus de 800 millions de comptes actifs dans le monde selon la GSMA (Association mondiale des opérateurs mobiles), dont la grande majorité en Afrique.
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I. Origines et pilote DfID (2003-2007)
1.1 Le contexte : l'Afrique subsaharienne non bancarisée
Au début des années 2000, moins de 20 % de la population adulte d'Afrique subsaharienne disposait d'un compte dans une institution financière formelle. La téléphonie mobile, en revanche, connaissait une diffusion explosive : entre 1999 et 2005, le nombre d'abonnés mobiles en Afrique subsaharienne est passé de moins de 10 millions à plus de 80 millions. Le téléphone mobile précédait la banque — et c'est cette inversion qui a rendu M-Pesa possible.
1.2 Le pilote DfID-Vodafone-Safaricom (2003-2006)
En 2003, le DfID britannique et Vodafone — à l'époque actionnaire de référence de Safaricom — conçoivent un projet pour tester un système de transferts d'argent via SMS, destiné initialement à permettre le remboursement de microcrédits sans les frais de déplacement. Le pilote est conduit au Kenya en 2005-2006 avec un premier groupe de clients. Les résultats surprennent les concepteurs : les utilisateurs utilisent le système non pas pour rembourser des crédits, mais pour envoyer de l'argent à leur famille — le cas d'usage des transferts internes (remittances domestiques entre travailleurs urbains et familles rurales) s'avère massivement dominant.
1.3 Le lancement commercial (mars 2007)
Fort des résultats du pilote, Safaricom lance M-Pesa commercialement en mars 2007. La croissance est fulgurante : 1 million d'utilisateurs en six mois, 5 millions en un an, 17 millions en 2011 (sur une population kenyane adulte d'environ 20 millions). En 2013, M-Pesa traite des transactions équivalant à plus de 40 % du PIB kenyan — un chiffre sans équivalent pour un service de paiement mobile dans le monde à cette époque.
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II. Expansion africaine (2007-2020)
2.1 La diffusion en Afrique de l'Est et australe
M-Pesa s'étend rapidement à la Tanzanie (2008), à l'Afghanistan (2008), à l'Afrique du Sud (2010, avec des résultats plus mitigés en raison d'un taux de bancarisation déjà plus élevé), au Mozambique (2013), à l'Égypte (2013), à l'Éthiopie (août 2023). Des concurrents locaux émergent : Tigo Pesa en Tanzanie et au Ghana, MTN Mobile Money (MoMo) en Afrique de l'Ouest et centrale, Orange Money en Afrique francophone.
2.2 Le modèle agent et l'inclusion financière
L'architecture de M-Pesa repose sur un réseau d'agents de proximité (épiceries, kiosques, petits commerces) qui servent d'intermédiaires pour les dépôts et retraits en cash. Ce modèle d'« agence bancaire » permet de déployer des points de service dans des zones rurales où aucune banque traditionnelle ne serait rentable. C'est ce réseau physique d'agents — et non la technologie numérique seule — qui est le vrai moteur de l'inclusion financière du mobile money.
2.3 L'impact documenté sur l'inclusion financière kenyane
L'étude de référence de Jack & Suri (2011, NBER) montre que M-Pesa a augmenté la consommation des ménages kenyan les plus pauvres et réduit leur vulnérabilité aux chocs économiques. Une étude de suivi de Suri & Jack (2016, Science) estime que M-Pesa a permis à environ 194 000 ménages de sortir de l'extrême pauvreté au Kenya entre 2008 et 2014 — un chiffre contesté mais fréquemment cité. En 2021, la Banque mondiale estime que 55 % de la population adulte en Afrique subsaharienne utilise des services financiers numériques (mobile money ou banque digitale), contre 34 % en 2017.
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III. Enjeux et futurs possibles
3.1 L'interopérabilité : le chaînon manquant
L'un des principaux défis du mobile money en Afrique est l'interopérabilité : dans la plupart des pays, les systèmes des différents opérateurs (MTN, Orange, Airtel, Safaricom) sont cloisonnés — un abonné MTN ne peut pas envoyer de l'argent directement à un abonné Orange sans passer par un système tiers. Des progrès ont été réalisés : le Ghana a imposé une interopérabilité complète en 2018, le Kenya l'a renforcée en 2022. Mais dans de nombreux pays d'Afrique francophone, l'interopérabilité reste partielle.
3.2 Le mobile money et les fintechs
Le succès du mobile money en Afrique a alimenté l'émergence d'un écosystème fintech continental : des startups comme Flutterwave (Nigeria, valorisée à plus de 3 milliards de dollars en 2022), Wave (Sénégal/Côte d'Ivoire, valorisée à 1,7 milliard en 2021), Chipper Cash (pan-africaine) proposent des services de transferts d'argent à bas coût qui concurrencent directement les opérateurs mobiles traditionnels.
3.3 Futurs possibles
Les enjeux documentés : l'intégration du mobile money avec les services de crédit, d'assurance et d'épargne (super-apps financières) ; la concurrence des CBDC (monnaies numériques de banque centrale) comme l'eNaira nigérian ; et l'extension du mobile money aux transferts transfrontaliers à bas coût, qui concurrencent les canaux de transfert de la diaspora africaine (Western Union, MoneyGram) dont les frais restent structurellement élevés.
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IV. Synthèse méthode Sankofa
L'image simple à retenir. M-Pesa est le plus grand succès mondial de l'inclusion financière par la technologie mobile — né d'un pilote financé par l'aide au développement britannique, adapté à la réalité kenyane (des millions de travailleurs envoyant de l'argent à leur famille rurale), et devenu un modèle exporté dans le monde entier. Son histoire illustre une vérité souvent contre-intuitive : les innovations financières les plus transformatrices pour les populations pauvres ne viennent pas toujours des grandes institutions bancaires ou des fintechs de la Silicon Valley, mais de l'observation attentive des pratiques de ceux qui n'ont pas accès à la finance formelle.
Croquis conceptuel. Une carte de l'Afrique avec des points représentant les pays où le mobile money s'est développé : Kenya (M-Pesa, 2007), Tanzanie (2008), Ghana (Tigo, MTN, 2009), Côte d'Ivoire (Orange Money, 2008), Sénégal (Orange Money, 2011 ; Wave, 2020). Le Nigeria a lancé le 25 octobre 2021 l'eNaira, une monnaie numérique de banque centrale, à ne pas confondre avec le mobile money. Une ligne du temps : 2003 (pilote DfID), 2007 (lancement M-Pesa), 2011 (étude Jack & Suri), 2018 (interopérabilité Ghana), 2023 (M-Pesa en Éthiopie).
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Article rédigé pour Sankofa Finance, rubrique Banque & monnaies, sous-chapitre 4/5.
Bibliographie
- Jack, William & Suri, Tavneet. *Mobile Money: The Economics of M-PESA*. NBER Working Paper 16721, 2011.
- Mas, Ignacio & Radcliffe, Dan. *Mobile Payments Go Viral: M-PESA in Kenya*. Bill & Melinda Gates Foundation, 2010.
- GSMA. *State of the Industry Report on Mobile Money*. gsma.com, éditions annuelles 2012-2024.
- Banque mondiale. *The Global Findex Database 2021*. worldbank.org.