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Politiques monétaires : du rognage des pièces romaines au ciblage d'inflation africain

La politique monétaire — l'ensemble des décisions d'une autorité publique (généralement une banque centrale) visant à contrôler la quantité de monnaie en circulation, les taux d'intérêt et le niveau général des prix — est une invention récente dans sa forme institutionnalisée, mais une pratique ancienne dans ses fondements. Depuis que des autorités souveraines ont émis de la monnaie, elles ont cherché à en manipuler la valeur, le volume ou le coût : en rognant les pièces, en modifiant leur aloi, en dévaluant, en fixant des taux d'usure, en imprimant des billets ou, plus récemment, en fixant des objectifs chiffrés d'inflation.

Publié le 09 septembre 2026

# Politiques monétaires : du rognage des pièces romaines au ciblage d'inflation africain

Rubrique Banque & monnaies — Sankofa Finance | Sous-chapitre 1/5

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Introduction

La politique monétaire — l'ensemble des décisions d'une autorité publique (généralement une banque centrale) visant à contrôler la quantité de monnaie en circulation, les taux d'intérêt et le niveau général des prix — est une invention récente dans sa forme institutionnalisée, mais une pratique ancienne dans ses fondements. Depuis que des autorités souveraines ont émis de la monnaie, elles ont cherché à en manipuler la valeur, le volume ou le coût : en rognant les pièces, en modifiant leur aloi, en dévaluant, en fixant des taux d'usure, en imprimant des billets ou, plus récemment, en fixant des objectifs chiffrés d'inflation. Cet article retrace cette histoire longue — de la Rome antique aux banques centrales africaines contemporaines.

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I. Antiquité et Moyen Âge

1.1 Le rognage et le déboisement des monnaies romaines (IIIe siècle ap. J.-C.)

Rome n'a pas de banque centrale, mais ses empereurs pratiquent une forme de politique monétaire implicite : la dévaluation par dégradation du métal contenu dans les pièces. Le denarius romain, qui contient environ 90 % d'argent sous Auguste (27 av. J.-C. – 14 ap. J.-C.), n'en contient plus que 5 % sous Gallien (253-268 ap. J.-C.) — une dévaluation cumulée de 95 % en deux siècles. Cette politique de déboisement (reduction de la teneur en métal précieux) finance les dépenses militaires de l'Empire mais alimente une inflation chronique que les historiens économiques estiment à plusieurs centaines de pourcents sur la période 235-285 ap. J.-C. (la « Crise du IIIe siècle »).

1.2 Les édits de prix et les tentatives de contrôle (Dioclétien, 301 ap. J.-C.)

Face à l'inflation galopante, l'empereur Dioclétien édicte en 301 ap. J.-C. l'Edictum de Pretiis Rerum Venalium — le premier contrôle des prix et des salaires de grande envergure de l'histoire occidentale documentée. Cet édit fixe des prix maximaux pour des centaines de biens et services. Il est largement inefficace et rapidement abandonné — première leçon historique sur les limites des contrôles administratifs des prix face à une dépréciation monétaire.

1.3 Les systèmes monétaires médiévaux et islamiques

Dans le monde islamique médiéval, la pensée monétaire est codifiée par des juristes et économistes comme Ibn Khaldoun (né en 1332 à Tunis, actuelle Tunisie ; mort au Caire en 1406). Dans sa Muqaddima (1377), Ibn Khaldoun analyse la relation entre la quantité de monnaie, les prix et la prospérité des civilisations — une théorie quantitative de la monnaie avant la lettre, six siècles avant Milton Friedman. Il observe que l'afflux de métaux précieux (or du Soudan, argent d'Asie) provoque la hausse des prix dans les économies qui les reçoivent.

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II. Époque moderne et contemporaine

2.1 La révolution des banques centrales (XVIIe-XIXe siècle)

La création de la Riksbank suédoise en 1668 (Stockholm) et de la Banque d'Angleterre en 1694 (Londres) inaugure l'ère des banques centrales modernes. Ces institutions sont d'abord des banquiers de l'État, finançant les dépenses publiques. Leur rôle de gestionnaire de la politique monétaire — définition du taux directeur, contrôle de la masse monétaire — se développe progressivement au XIXe siècle, avec le Bank Charter Act de 1844 (Royaume-Uni) donnant à la Banque d'Angleterre le monopole d'émission des billets.

2.2 L'étalon-or et la déflation (1870-1930)

Le système de l'étalon-or international — dans lequel les monnaies nationales sont convertibles en or à un taux fixe — domine de 1870 à 1914. Il contraint la politique monétaire : les banques centrales ne peuvent émettre de monnaie qu'en proportion de leurs réserves d'or. Quand la Grande Dépression frappe après 1929, les pays qui restent le plus longtemps attachés à l'étalon-or (France, États-Unis jusqu'en 1933) connaissent les dépressions les plus sévères — car ils ne peuvent pas assouplir leur politique monétaire pour relancer l'économie.

2.3 Keynes, Friedman et le ciblage d'inflation (XXe siècle)

La synthèse keynésienne (années 1930-1970) donne à la politique monétaire un rôle actif dans la stabilisation de l'économie. La stagflation des années 1970 (inflation élevée + chômage élevé simultanément) discrédite le keynésianisme et ouvre la voie au monétarisme de Milton Friedman : la priorité doit être donnée à la stabilité des prix. Le ciblage explicite d'inflation (IT — Inflation Targeting) est adopté pour la première fois par la Nouvelle-Zélande en 1990, puis par le Royaume-Uni (1992), le Canada (1991), la Suède (1993). Ce cadre — dans lequel la banque centrale annonce un objectif chiffré d'inflation (généralement 2 %) et ajuste son taux directeur pour l'atteindre — est devenu le standard mondial de la politique monétaire des pays avancés.

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III. Politiques monétaires en Afrique

3.1 La zone franc CFA et la politique monétaire commune

Les 14 pays de la zone franc CFA (8 dans l'UEMOA, 6 dans la CEMAC) partagent deux banques centrales communes (BCEAO à Dakar ; BEAC à Yaoundé) et délèguent leur politique monétaire à des institutions supranationales. Ce modèle, hérité de la période coloniale française (1945), garantit la stabilité des prix (l'inflation dans la zone CFA est structurellement plus basse que dans le reste de l'Afrique subsaharienne), mais au prix d'une perte de souveraineté monétaire et d'une rigidité du taux de change qui handicape la compétitivité des exportateurs.

3.2 Le ciblage d'inflation en Afrique subsaharienne

Plusieurs banques centrales africaines ont adopté des formes de ciblage d'inflation dans les années 2000-2010 : la South African Reserve Bank (SARB, Pretoria) depuis 2000 (cible : 3-6 %) ; la Banque centrale du Ghana (cible : 8±2 %) depuis 2007 ; la Banque nationale du Rwanda depuis 2008. Ces adoptions reflètent l'intégration de ces pays dans les normes de gouvernance monétaire internationale promues par le FMI.

3.3 Les défis spécifiques : inflation importée et volatilité des changes

Les économies africaines font face à des défis de politique monétaire spécifiques : leur inflation est souvent « importée » (prix des matières premières alimentaires et énergétiques libellés en dollars) plutôt que « demande-tirage » (excès de demande interne), ce qui limite l'efficacité des hausses de taux directeurs — qui coûtent cher en croissance sans nécessairement réduire l'inflation. La crise mondiale de 2022-2023 (hausse des prix alimentaires et énergétiques après la guerre en Ukraine) a mis en évidence ces limites pour de nombreuses banques centrales africaines, contraintes de monter leurs taux pour défendre leur devise tout en supportant une inflation qu'elles ne pouvaient pas réellement contrôler.

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IV. Enjeux et futurs possibles

4.1 L'indépendance des banques centrales africaines

L'indépendance formelle des banques centrales africaines vis-à-vis des gouvernements est, dans de nombreux pays, plus fragile que dans les pays avancés. Des épisodes de financement monétaire des déficits (impression de monnaie pour financer les dépenses de l'État) ont contribué à des épisodes d'hyperinflation ou de forte inflation (Zimbabwe dans les années 2000 ; Soudan du Sud après 2011 ; Nigeria régulièrement). Le renforcement institutionnel de l'indépendance des banques centrales africaines est un enjeu documenté.

4.2 Les monnaies numériques de banque centrale (MNBC)

Plusieurs banques centrales africaines explorent ou ont lancé des monnaies numériques de banque centrale (MNBC / CBDC) : le Nigeria a lancé l'eNaira en octobre 2021 (premier pays africain et parmi les premiers au monde) ; la BCEAO étudie l'eco numérique. Les MNBC ouvrent des possibilités de politique monétaire inédites (transferts directs aux ménages, contrôle fin de la circulation monétaire) tout en soulevant des questions de souveraineté des données et d'exclusion technologique.

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V. Synthèse méthode Sankofa

L'image simple à retenir. La politique monétaire, c'est l'art de gérer la quantité et le coût de la monnaie pour stabiliser une économie — un art que les souverains pratiquent depuis l'Antiquité, souvent mal, et que les banques centrales modernes tentent de codifier depuis le XVIIe siècle. En Afrique, cet art se heurte à des contraintes spécifiques : des économies dépendantes de l'extérieur, des institutions encore fragiles, et des choix de souveraineté monétaire hérités de la colonisation qui structurent encore le débat aujourd'hui.

Croquis conceptuel. Une ligne du temps : Rome IIIe siècle (dévaluation du denarius), 1301 (édit de Dioclétien), 1377 (Muqaddima d'Ibn Khaldoun), 1668 (Riksbank), 1694 (Banque d'Angleterre), 1844 (Bank Charter Act), 1870-1914 (étalon-or), 1929-1933 (Grande Dépression), 1945 (Bretton Woods / zone franc CFA), 1971 (fin de la convertibilité dollar-or), 1990 (premier IT en Nouvelle-Zélande), 2000 (IT en Afrique du Sud), 2021 (eNaira Nigeria).

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Article rédigé pour Sankofa Finance, rubrique Banque & monnaies, sous-chapitre 1/5.

Bibliographie

  • Friedman, Milton. *A Monetary History of the United States, 1867-1960*. Princeton University Press, 1963.
  • Keynes, John Maynard. *A Tract on Monetary Reform*. London: Macmillan, 1923.
  • Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO). *Cadre de politique monétaire*. bceao.int.
  • Banque des règlements internationaux (BRI). *Annual Economic Report*. bis.org.