La bourse qui tourne — une histoire mondiale de la finance inclusive, du cercle d'épargne villageois au compte mobile
2.1 Les caisses d'épargne populaires en Europe : Hambourg (1778) et Ruthwell (1810)
Publié le 09 septembre 2026
# La bourse qui tourne — une histoire mondiale de la finance inclusive, du cercle d'épargne villageois au compte mobile
Rubrique Finance — Sankofa Finance
Sommaire
Introduction : Jobra, 1976 — un professeur d'économie prête 27 dollars de sa poche
I. Racines historiques — l'épargne rotative comme phénomène mondial convergent 1.1 L'esusu yoruba et les associations rotatives d'épargne et de crédit ouest-africaines 1.2 Un même modèle sur plusieurs continents : chit funds indiens, hui chinois, tandas mexicaines 1.3 La tontine européenne (1653) : un mot emprunté, une histoire distincte 1.4 Pourquoi parler de convergence plutôt que d'origine unique
II. Moyen Âge et époque moderne — institutionnaliser l'épargne populaire 2.1 Les caisses d'épargne populaires en Europe : Hambourg (1778) et Ruthwell (1810) 2.2 La banque postale comme outil d'inclusion : le Post Office Savings Bank (1861) 2.3 Les banques postales coloniales en Afrique : une inclusion à deux vitesses (1910-1960) 2.4 L'exclusion financière coloniale des populations africaines (rappel et renvoi)
III. Époque contemporaine — la formalisation mondiale du microcrédit et de l'inclusion numérique 3.1 Muhammad Yunus et la Grameen Bank : de l'expérimentation de Jobra (1976) à la banque (1983) 3.2 Le Sommet du microcrédit de 1997 et la diffusion mondiale du modèle 3.3 La diffusion du microcrédit en Afrique : Equity Bank (Kenya), ACEP (Sénégal) et les IMF ouest-africaines 3.4 Les Village Savings and Loan Associations : formaliser la tontine plutôt que l'importer (1991) 3.5 La crise de la microfinance en Andhra Pradesh (2010) et le débat scientifique sur l'impact du microcrédit 3.6 La monnaie mobile comme instrument d'inclusion : de M-Pesa (2007) à M-Shwari (2012) 3.7 Mesurer l'inclusion financière mondiale : le Global Findex de la Banque mondiale (depuis 2011) 3.8 L'Alliance pour l'inclusion financière (AFI, 2008) et les politiques des banques centrales africaines
IV. Enjeux, courants de pensée et futurs possibles 4.1 Le débat sur la financiarisation de la pauvreté versus l'émancipation économique 4.2 L'inclusion financière des femmes en Afrique : l'écart de genre documenté par le Global Findex 4.3 Fintech et inclusion : agent banking et banques 100 % mobiles 4.4 Futurs possibles : interopérabilité, identité numérique et souveraineté des données financières
V. Synthèse méthode Sankofa
Bibliographie
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Introduction : Jobra, 1976 — un professeur d'économie prête 27 dollars de sa poche
En 1976, dans le village de Jobra, en périphérie de la ville de Chittagong (actuel Bangladesh), un professeur d'économie de l'université de Chittagong nommé Muhammad Yunus engage, avec ses étudiants, une enquête de terrain sur les conditions de crédit des artisans les plus pauvres du village. Il y rencontre notamment des fabricantes de meubles en bambou, prises dans une dépendance à des prêteurs qui leur avancent la matière première à condition de leur revendre le produit fini à un prix fixé d'avance — un mécanisme qui, dans les faits, ne leur laisse qu'une marge de survie. Yunus prête, de sa propre poche, l'équivalent d'environ 27 dollars américains à un groupe de quarante-deux artisans, afin de leur permettre d'acheter eux-mêmes leur matière première et de vendre leur production au prix du marché. L'expérience, documentée et largement racontée depuis par Yunus lui-même, est devenue un point de départ symbolique — mais non le point de départ historique absolu, comme cet article va le montrer — de ce que l'on appelle aujourd'hui le microcrédit moderne.
Ce geste de 1976 n'invente cependant pas l'idée que des personnes exclues du système bancaire formel puissent s'organiser entre elles, ou avec l'aide d'un tiers, pour épargner et emprunter. Des siècles avant Jobra, des associations rotatives d'épargne et de crédit fonctionnaient déjà en Afrique de l'Ouest, en Asie du Sud, en Chine et en Amérique latine, sous des noms différents et sans lien de filiation démontré entre elles. Ce que Yunus et la Grameen Bank apportent de réellement nouveau, à partir des années 1976-1983, n'est donc pas le principe du crédit de proximité aux plus pauvres, mais sa formalisation en institution bancaire régulée, reproductible à grande échelle et exportable dans plus de cent pays — un jalon que le comité Nobel norvégien reconnaîtra en 2006 en décernant conjointement à Yunus et à la Grameen Bank le prix Nobel de la paix.
L'histoire de la « finance inclusive » que retrace cet article est donc double. D'un côté, une histoire très longue et géographiquement dispersée de pratiques populaires d'épargne et de crédit mutuel, nées indépendamment sur plusieurs continents pour répondre à un même problème : comment épargner et emprunter quand aucune banque ne veut de vous. De l'autre, une histoire plus récente et mieux documentée d'institutionnalisation — caisses d'épargne, banques postales, microcrédit formalisé, monnaie mobile, politiques publiques de banques centrales — qui tente, avec des résultats debattus, de faire entrer ces pratiques populaires dans le système financier régulé. Cet article suit ce fil, du cercle d'épargne rotatif documenté par l'anthropologue américain William Bascom chez les Yoruba en 1952 (déjà présenté dans l'article « Naissance et origines de la finance », rubrique Finance, dont le présent article ne reprend pas le détail) jusqu'aux indicateurs mondiaux mesurés aujourd'hui par la base de données Global Findex de la Banque mondiale.
I. Racines historiques — l'épargne rotative comme phénomène mondial convergent
1.1 L'esusu yoruba et les associations rotatives d'épargne et de crédit ouest-africaines
L'anthropologue américain William Bascom publie en 1952, dans le Journal of the Royal Anthropological Institute of Great Britain and Ireland (volume 82, numéro 1, pages 63-69), l'étude « The Esusu: A Credit Institution of Yoruba », qui reste la référence académique fondatrice sur l'esusu pratiqué par le peuple yoruba (aire culturelle correspondant aujourd'hui principalement au sud-ouest du Nigeria, avec des prolongements au Bénin et au Togo). L'article « Naissance et origines de la finance » de cette même rubrique a déjà présenté ce travail ; le présent article ne le reprend pas dans son détail, mais en prolonge l'analyse sous l'angle spécifique de l'inclusion financière.
Le principe de l'esusu est simple et se retrouve, avec des variantes, dans l'ensemble des associations rotatives d'épargne et de crédit (le sigle anglais ROSCA, pour Rotating Savings and Credit Association, est aujourd'hui la dénomination académique la plus répandue) : un groupe de participants convient de verser régulièrement une somme fixe dans une caisse commune, gérée par un « collecteur » ou une personne de confiance désignée par le groupe, et chaque tour de collecte est intégralement reversé à un seul membre du groupe, selon un ordre convenu à l'avance ou tiré au sort. Chaque participant reçoit ainsi, une fois dans le cycle, une somme plus importante que ce qu'il aurait pu épargner seul au même rythme — sans intérêt et, en principe, sans risque de défaut puisque la pression sociale du groupe garantit la régularité des versements.
Il existe une incertitude terminologique qu'il convient de signaler honnêtement plutôt que de trancher artificiellement. Plusieurs sources associent le terme esusu à la langue yoruba (ce qui correspond au titre même de l'étude de Bascom, 1952) tandis que d'autres sources journalistiques et de vulgarisation contemporaines l'associent à la langue igbo (sud-est du Nigeria actuel), réservant le terme ajo à la pratique yoruba équivalente. Cette divergence entre sources reflète probablement la diffusion du terme entre plusieurs groupes linguistiques du Nigeria au fil des siècles, plus qu'une erreur factuelle d'une source ou d'une autre ; l'étude de Bascom (1952), qui reste la source académique la plus ancienne et la plus citée sur le sujet, documente spécifiquement la pratique yoruba sous le nom d'esusu. Dans le nord du Nigeria, une pratique comparable est désignée sous le nom d'adashe. Au Ghana voisin, où la langue twi est notamment parlée, une pratique très proche est appelée susu — un terme que plusieurs sources de vulgarisation font dériver d'un mot twi signifiant « épargner petit à petit », sans qu'une source linguistique académique de premier rang ait pu être identifiée avec certitude pour cette étymologie précise, qu'il convient donc de rapporter avec cette réserve. Sous l'effet de la traite atlantique, ces pratiques se retrouvent également, sous les noms d'esu ou de susu, dans les Caraïbes (notamment aux Bahamas et en Jamaïque) et parmi les communautés afro-descendantes de plusieurs villes nord-américaines à partir du XXe siècle — un exemple documenté de transmission culturelle transatlantique d'une pratique financière populaire.
En Afrique de l'Ouest francophone, une pratique fonctionnellement identique est très largement désignée sous le nom de « tontine » — un terme dont l'origine est cependant européenne et distincte, et qui fait l'objet d'un développement propre en section 1.3, précisément pour éviter toute confusion entre l'usage africain contemporain du mot et son origine historique française du XVIIe siècle.
1.2 Un même modèle sur plusieurs continents : chit funds indiens, hui chinois, tandas mexicaines
Le caractère mondial et convergent de ce modèle d'épargne rotative — plutôt que sa dérivation d'un foyer unique — est l'un des faits les mieux documentés de l'histoire économique comparée de l'inclusion financière informelle.
En Inde du Sud, les chit funds (également appelés kuri) constituent une pratique très anciennement attestée dans la région historique du Kerala et du pays tamoul (États actuels du Kerala et du Tamil Nadu), certaines sources faisant remonter la pratique à plus d'un millénaire, sans que l'on dispose de datation académique précise pour ses origines les plus anciennes. La première description écrite précisément datée provient de William Logan, alors collecteur britannique (Collector) du district du Malabar dans la présidence de Madras, qui décrit la coutume des chit funds parmi des groupes d'amis de cette région en 1887. Une variante en nature, l'Ari Kuri (« chit de riz »), existait également, où les participants contribuaient en riz plutôt qu'en numéraire, en particulier lors des récoltes. Ces pratiques ont fait l'objet d'une régulation progressive : une première tentative de réglementation est engagée par le gouvernement princier de Travancore (Kerala actuel) en 1914, suivie beaucoup plus tard par des lois spécifiques de plusieurs États indiens, dont le Tamil Nadu Chit Funds Act de 1961.
En Chine, une pratique comparable est désignée sous le nom de hui (會/会) ou hehui (合会). Le folklore chinois en attribue parfois l'origine à la dynastie Han postérieure (25-220 de notre ère), mais les historiens économiques contemporains, s'appuyant sur une documentation vérifiable, situent plus prudemment son apparition sous les dynasties Tang (618-907) ou Song (960-1279), avec une pratique bien attestée et répandue parmi les marchands de la région du Huizhou (actuelle province de l'Anhui) dès la dynastie Ming (1368-1644). Des recherches d'histoire économique récentes, portant sur la province du Shanxi entre le XVIIIe et le XXe siècle, estiment qu'au moins 7,1 % des ménages de cette région participaient à une association de ce type, et soutiennent que ces structures ont contribué au développement économique préindustriel de la région en pallant l'absence de système bancaire moderne.
En Amérique latine, la tanda (également appelée cundina, junta ou sociedad selon les pays) désigne la version régionale de l'association rotative d'épargne et de crédit. Selon les études disponibles, environ 31 % de la population mexicaine et des communautés d'origine mexicaine aux États-Unis participent activement, à un moment ou un autre, à une forme de cercle d'épargne rotatif de ce type — la pratique étant décrite par plusieurs chercheurs comme antérieure, dans certains cas, à l'implantation même des premières banques modernes au Mexique, bien qu'aucune datation précise et vérifiable de son apparition n'ait pu être identifiée dans les sources disponibles pour cet article. Des variantes comparables existent également au Moyen-Orient sous le nom de gam'eya (Égypte) et dans plusieurs autres régions du monde sous des dénominations locales propres.
La convergence documentée de ces pratiques — en Afrique de l'Ouest, en Inde, en Chine et au Mexique, sur des continents séparés et sans contact direct démontré entre eux avant l'époque contemporaine — constitue l'illustration la plus solide dont dispose cet article pour établir que l'association rotative d'épargne et de crédit est un phénomène d'invention indépendante et répétée face à un problème économique universel (l'absence d'accès à un système bancaire formel), et non l'exportation d'un modèle unique depuis un foyer d'origine identifiable. Cette conclusion doit être présentée comme telle — une convergence documentée par les dates et les contextes de chaque pratique régionale — plutôt que comme une affirmation de priorité d'une région du monde sur une autre, aucune source vérifiable ne permettant d'établir laquelle de ces pratiques régionales est apparue la première dans l'absolu.
1.3 La tontine européenne (1653) : un mot emprunté, une histoire distincte
Le mot « tontine », aujourd'hui couramment employé en Afrique de l'Ouest et centrale francophone pour désigner les associations rotatives d'épargne de type esusu/susu, a une histoire propre, européenne, et distincte des pratiques ouest-africaines qu'il en est venu à désigner par extension de langage — une distinction qu'il convient d'établir clairement pour éviter toute confusion historique.
Le terme dérive du nom de Lorenzo Tonti, banquier napolitain né vers 1602, mort probablement en 1684, qui propose en 1653 au cardinal Jules Mazarin, alors principal ministre du royaume de France, un mécanisme financier destiné à lever des fonds pour le budget royal : des souscripteurs déposent une somme dans un fonds commun qui leur procure une rente viagère ; au décès de chaque souscripteur, la part de ce dernier est redistribuée entre les survivants, qui touchent une rente croissante à mesure que le groupe se réduit ; au décès du dernier survivant, le capital revient intégralement à l'État. Ce mécanisme s'inspire lui-même, selon plusieurs sources, d'un dispositif plus ancien pratiqué en Toscane dès le XVIe siècle, où les familles déposaient une somme à la naissance de leurs filles auprès des Monts-de-Piété locaux, capital redistribué aux survivantes en cas de décès prématuré d'autres bénéficiaires avant leur majorité.
Le projet de Tonti se heurte cependant à l'opposition du Parlement de Paris, qui refuse d'enregistrer l'édit royal de 1653, en partie par crainte qu'un tel mécanisme n'incite les souscripteurs à s'entre-tuer pour accélérer la redistribution des parts des défunts — une objection rapportée par plusieurs sources historiques. Ce n'est qu'en 1689 que le ministre des finances français Louis Phélypeaux de Pontchartrain lance le premier emprunt d'État réellement structuré sous forme de tontine.
La tontine originelle de Tonti — un produit d'assurance-survie collective destiné au financement de la dette publique — n'a donc, sur le plan historique et fonctionnel, presque rien en commun avec l'association rotative d'épargne et de crédit ouest-africaine de type esusu ou susu, qui ne comporte ni composante d'assurance sur la durée de vie, ni bénéficiaire final unique. Le glissement sémantique par lequel le mot français « tontine » en est venu à désigner, dans l'Afrique francophone contemporaine, les cercles d'épargne rotatifs de type esusu relève d'un usage linguistique postérieur et documenté par plusieurs auteurs contemporains, sans qu'une date précise de ce glissement de sens n'ait pu être identifiée avec certitude dans les sources disponibles pour cet article — un point qui mériterait des recherches complémentaires en histoire des langues.
1.4 Pourquoi parler de convergence plutôt que d'origine unique
La juxtaposition chronologique des sections précédentes permet une comparaison explicite, comme l'exige la méthodologie de cette série d'articles. L'esusu yoruba est documenté académiquement pour la première fois par Bascom en 1952, mais sa pratique est manifestement beaucoup plus ancienne que cette date de publication savante, sans qu'une datation d'origine précise et vérifiable soit disponible. Les chit funds indiens sont décrits pour la première fois par écrit en 1887 par William Logan, avec des indices de pratique beaucoup plus ancienne mais non datée avec certitude. Le hui chinois est documenté avec certitude à partir des dynasties Tang ou Song (VIIe-XIIIe siècle), soit plusieurs siècles avant la première description écrite du chit fund indien. La tontine européenne, elle, est un dispositif entièrement différent, daté avec précision de 1653.
Cette comparaison chronologique conduit à une conclusion prudente et non tranchée : les sources disponibles ne permettent d'établir avec certitude ni que l'un de ces systèmes rotatifs aurait précédé et inspiré les autres, ni qu'ils seraient apparus strictement simultanément. L'absence de documentation écrite ancienne pour la plupart de ces pratiques — qui relevaient, dans la plupart des cas, d'accords oraux entre membres d'une même communauté plutôt que de contrats écrits — rend toute affirmation de priorité, dans un sens comme dans l'autre, non vérifiable en l'état actuel de la recherche. Ce constat rejoint celui déjà établi dans l'article « Naissance et origines de la finance » (rubrique Finance) à propos de l'écart documentaire entre crédit mésopotamien et crédit égyptien antique : l'absence de trace écrite ne prouve pas l'absence de pratique, elle prouve seulement l'absence de trace écrite.
II. Moyen Âge et époque moderne — institutionnaliser l'épargne populaire
2.1 Les caisses d'épargne populaires en Europe : Hambourg (1778) et Ruthwell (1810)
En Europe, la première institution largement reconnue comme une caisse d'épargne moderne est l'Ersparungsclasse der Allgemeinen Versorgungsanstalt, fondée à Hambourg (actuelle Allemagne) en 1778, destinée à permettre aux populations urbaines pauvres d'épargner de petites sommes, notamment en vue de l'éducation de leurs enfants. Ce modèle se diffuse ensuite dans les territoires germaniques : la première caisse d'épargne municipale est créée à Göttingen en 1801, servant de prototype à un mouvement de caisses d'épargne adossées aux collectivités locales ; en 1836, plus de 300 caisses de ce type opèrent déjà dans la Confédération germanique, et le royaume de Prusse adopte en 1838 la première législation unifiée sur les caisses d'épargne (Sparkassenreglement), régissant les 234 caisses alors recensées sur son territoire.
Au Royaume-Uni, c'est le pasteur écossais Henry Duncan (1774-1846), ministre de la paroisse de Ruthwell (près de Dumfries, sud-ouest de l'Écosse), qui fonde en 1810 la Ruthwell Savings Bank, généralement considérée comme la première caisse d'épargne au monde organisée sur des principes véritablement commerciaux et administratifs (comptes individuels, intérêts versés, gouvernance par un conseil de fiduciaires). Duncan, préoccupé par la pauvreté de ses paroissiens, cherchait explicitement à encourager l'épargne des classes laborieuses pour leur éviter le recours à l'assistance aux pauvres (poor relief). Son modèle est rapidement adopté dans le reste de l'Écosse, du Royaume-Uni, puis de l'Europe continentale, ce qui vaut à Duncan d'être couramment désigné comme le « père des caisses d'épargne » — un titre honorifique attribué par la tradition historique plutôt que par une source primaire contemporaine de Duncan lui-même, ce qui doit être signalé par honnêteté méthodologique.
2.2 La banque postale comme outil d'inclusion : le Post Office Savings Bank (1861)
Le principe des caisses d'épargne locales, aussi utile soit-il, souffrait d'une limite géographique évidente : chaque caisse ne desservait qu'une zone urbaine ou une paroisse donnée. La solution retenue au Royaume-Uni consiste à adosser un service d'épargne au réseau postal, déjà présent sur l'ensemble du territoire national. Le Post Office Savings Bank Act reçoit la sanction royale le 17 mai 1861, sous le gouvernement de Lord Palmerston, à la suite d'une proposition de George Chetwynd, employé du service des mandats postaux (Money Order department) de la Poste générale britannique, et avec le soutien de Sir Rowland Hill (promoteur du timbre-poste à un penny) et de William Ewart Gladstone, alors chancelier de l'Échiquier, qui y voit un moyen économique de financer la dette publique. La banque ouvre ses portes le 16 septembre 1861, s'appuyant sur les 301 bureaux de mandats postaux déjà existants et sur 1 700 bureaux de poste locaux agissant comme agents de dépôt et de retrait — elle est considérée comme le premier système d'épargne postale au monde. À une époque où les banques commerciales sont concentrées dans les grandes villes et servent principalement une clientèle aisée, le Post Office Savings Bank constitue un dispositif d'inclusion financière significatif pour les épargnants ordinaires, avec un taux d'intérêt de 2,5 % par an sur les dépôts.
2.3 Les banques postales coloniales en Afrique : une inclusion à deux vitesses (1910-1960)
Le modèle britannique de banque postale est exporté dans les colonies de l'Empire britannique, y compris en Afrique de l'Est. Au Kenya colonial, le Post Office Savings Bank est établi en 1910, présenté par l'administration coloniale comme la première institution à offrir des services bancaires aux populations africaines de la région. Dès mars 1911, la banque comptait 1 231 comptes ouverts, dont plus de 600 appartenaient à des Africains — un chiffre notable pour l'époque, mais qui doit être resitué dans son contexte : l'institution reste, selon les recherches historiques disponibles sur la période 1910-1954, une entreprise de nature largement paternaliste et « civilisatrice », destinée autant à cultiver une mentalité d'épargne jugée souhaitable par l'administration coloniale qu'à répondre à une demande populaire spontanée. Les circonstances historiques — la Seconde Guerre mondiale, la démobilisation des soldats africains ayant servi dans les forces coloniales, puis la révolte Mau Mau (1952-1960) — ont, selon plusieurs historiens, rendu l'argent détenu par les populations africaines plus intéressant aux yeux des autorités coloniales, ce qui a alimenté les efforts de popularisation de cette banque postale. Les recherches disponibles indiquent également que, dans bien des cas, les pratiques d'épargne et d'investissement traditionnelles des populations africaines locales restaient perçues par elles-mêmes comme plus avantageuses que les services offerts par la banque postale coloniale — signe que l'inclusion financière proposée par cette institution demeurait partielle et ne se substituait pas aux pratiques communautaires préexistantes (voir section 1.1).
2.4 L'exclusion financière coloniale des populations africaines (rappel et renvoi)
L'article « Naissance et origines de la finance » (rubrique Finance, section 3.2) a déjà détaillé le fonctionnement des banques coloniales créées en Afrique à partir du dernier tiers du XIXe siècle — la Banque de l'Afrique Occidentale (fondée en 1901) pour l'Afrique-Occidentale française, la Bank of British West Africa (fondée en 1894) pour les colonies britanniques — et la discrimination d'accès de fait qui en excluait très largement les commerçants et producteurs africains du crédit bancaire formel pendant toute la période coloniale. Le présent article ne reprend pas ce développement dans le détail, mais souligne, du point de vue spécifique de l'inclusion financière, la conséquence directe de cette exclusion : la vitalité persistante, pendant toute la période coloniale et au-delà, des systèmes de crédit informel et communautaire déjà présentés en section I (esusu, susu, tontines), qui continuent de fonctionner en parallèle du système bancaire colonial, souvent en réaction directe à l'impossibilité d'y accéder — un fait qui inscrit l'histoire de la « finance inclusive » contemporaine dans la continuité directe de pratiques bien antérieures à la colonisation, plutôt que comme une invention entièrement récente et extérieure au continent.
III. Époque contemporaine — la formalisation mondiale du microcrédit et de l'inclusion numérique
3.1 Muhammad Yunus et la Grameen Bank : de l'expérimentation de Jobra (1976) à la banque (1983)
Voir l'Introduction pour la présentation du prêt initial de 1976 à Jobra. Encouragé par les résultats de cette expérience, Yunus étend son projet à d'autres villages des districts de Tangail et de Chittagong à partir de novembre 1979, avec un financement de la Bangladesh Bank (banque centrale du pays). En 1982, le projet est étendu aux districts de Dhaka, Rangpur et Patuakhali, avec le soutien financier du Fonds international de développement agricole (FIDA). En septembre 1983, le gouvernement du Bangladesh transforme le projet en une institution de crédit spécialisée, sous le nom de Grameen Bank (« banque du village », en bengali), dotée d'un capital autorisé de 100 millions de takas.
Le modèle de la Grameen Bank repose sur plusieurs principes restés emblématiques du microcrédit moderne : des prêts de faible montant accordés sans garantie matérielle (contrairement à l'exigence habituelle des banques commerciales), remboursés par petites échéances hebdomadaires, à des emprunteurs organisés en petits groupes de solidarité qui exercent entre eux une forme de pression sociale positive pour garantir le remboursement — un mécanisme fonctionnellement apparenté, par cette dimension de garantie collective informelle, aux associations rotatives d'épargne et de crédit décrites en section I, bien que juridiquement très différent puisqu'il s'agit d'un prêt bancaire régulé et non d'une mise en commun d'épargne entre pairs. La banque cible en priorité les femmes, considérées par Yunus comme statistiquement plus fiables dans le remboursement et plus susceptibles de réinvestir les gains au bénéfice du foyer.
En 2006, le comité Nobel norvégien attribue le prix Nobel de la paix conjointement à Muhammad Yunus et à la Grameen Bank, « pour leurs efforts en vue de créer un développement économique et social par la base ». La citation officielle du prix souligne que la banque, depuis sa création en 1983, a inspiré la création d'institutions de microcrédit comparables dans plus de cent pays à travers le monde — faisant de ce modèle bangladais l'un des jalons les plus largement reconnus, à l'échelle mondiale, de la formalisation institutionnelle du microcrédit, sans pour autant en constituer, comme l'a montré la section I, le point d'origine historique du principe de crédit de proximité aux populations exclues du système bancaire.
3.2 Le Sommet du microcrédit de 1997 et la diffusion mondiale du modèle
Le succès de la Grameen Bank contribue à l'émergence d'un mouvement international structuré autour du microcrédit comme outil de lutte contre la pauvreté. Le premier Sommet du microcrédit (Microcredit Summit) se tient à Washington, D.C. (États-Unis), du 2 au 4 février 1997, réunissant environ 2 900 à 3 000 participants venus de 137 pays, dont cinq chefs d'État, avec un discours d'ouverture prononcé par Hillary Clinton, alors Première dame des États-Unis. L'événement est cofondé notamment par Sam Daley-Harris, Muhammad Yunus lui-même, et John Hatch, fondateur de l'organisation américaine de microfinance FINCA (Foundation for International Community Assistance). Le sommet fixe un objectif ambitieux : atteindre 100 millions des familles les plus pauvres du monde, en particulier les femmes de ces familles, avec des services de crédit pour l'auto-emploi et d'autres services financiers et commerciaux, d'ici l'année 2005. Cette campagne, qui se poursuit sous forme de sommets successifs dans les années suivantes, contribue significativement à faire du microcrédit un axe central des politiques internationales de développement au tournant des années 2000.
3.3 La diffusion du microcrédit en Afrique : Equity Bank (Kenya), ACEP (Sénégal) et les IMF ouest-africaines
Le continent africain connaît, à partir des années 1980-1990, une diffusion propre du microcrédit, qui emprunte des trajectoires institutionnelles variées.
Au Kenya, Equity Bank trouve son origine dans l'Equity Building Society, fondée en octobre 1984 à Kangema (comté de Murang'a, Kenya) par Peter Munga, initialement comme organisme de financement hypothécaire pour une clientèle majoritairement modeste. En 1993, la Banque centrale du Kenya déclare l'établissement techniquement insolvable en raison d'une gestion défaillante — un épisode de crise qui, paradoxalement, conduit à sa transformation : l'institution se réoriente alors du financement hypothécaire vers la microfinance, un pivot stratégique qui inverse sa trajectoire. Sous la direction de James Mwangi, nommé directeur financier puis devenu directeur général en 2004, Equity se transforme progressivement d'une petite institution de microfinance en la plus grande banque commerciale du Kenya dès 2012, avant d'étendre ses activités à l'Ouganda, la Tanzanie, le Rwanda, le Soudan du Sud et la République démocratique du Congo — une trajectoire souvent citée en exemple, en Afrique de l'Est, de transformation réussie d'un acteur de microfinance en banque commerciale de premier plan.
En Afrique de l'Ouest francophone, l'Alliance de Crédit et d'Épargne pour la Production (ACEP), au Sénégal, trouve son origine dans un projet pilote de crédit initié en 1985 et présenté comme l'un des pionniers du microcrédit professionnel dans le pays, avec pour mission de fournir des services d'épargne et de crédit adaptés aux besoins des entrepreneurs sénégalais, en particulier ceux exclus du système bancaire classique. Ce projet est ensuite constitué en institution de droit privé autonome le 2 décembre 1993, par un accord de rétrocession d'actifs avec l'agence américaine de développement USAID (les actifs transférés s'élevant alors à environ 1,33 milliard de francs CFA), puis régi par la loi sénégalaise n° 95-03 du 5 janvier 1995 relative aux institutions mutualistes ou coopératives d'épargne et de crédit ; son bilan atteint plus de 104 milliards de francs CFA au fil de son développement. D'autres institutions de microfinance ouest-africaines suivent des trajectoires comparables au cours des décennies 1980 et 1990, contribuant, aux côtés des grandes banques régionales, à la structuration progressive d'un secteur de la microfinance encadré par les autorités monétaires régionales (voir 3.8 pour le rôle spécifique des banques centrales).
3.4 Les Village Savings and Loan Associations : formaliser la tontine plutôt que l'importer (1991)
Une trajectoire d'inclusion financière distincte de celle du microcrédit bancarisé de type Grameen Bank apparaît au Niger en 1991, lorsque l'organisation humanitaire américaine CARE International, initialement engagée dans un projet de reboisement communautaire, réoriente son action à la demande de femmes rurales davantage préoccupées par leurs besoins financiers immédiats que par la plantation d'arbres — les femmes n'ayant, dans le contexte local, pas la possibilité de posséder la terre elles-mêmes. Sous l'impulsion de la responsable de programme Moira Eknes, le projet donne naissance au modèle des Village Savings and Loan Associations (VSLA), des groupes d'épargne autogérés de 15 à 25 membres qui se réunissent régulièrement pour épargner en commun, accorder de petits prêts entre eux et constituer un fonds d'assurance d'urgence mutuel.
Ce modèle présente une différence de nature significative avec le microcrédit bancarisé décrit en 3.1 : il ne s'agit pas d'un établissement de crédit externe qui prête à des emprunteurs, mais d'une formalisation méthodologique — sous forme de manuels de formation standardisés diffusés par une organisation internationale — d'un principe d'épargne rotative et de crédit mutuel directement apparenté aux pratiques ouest-africaines déjà anciennes décrites en section I (esusu, susu, tontines). Autrement dit, les VSLA ne cherchent pas à remplacer la tontine traditionnelle par un modèle bancaire importé, mais à en outiller et systématiser le fonctionnement (tenue de registres, calcul des intérêts, répartition des bénéfices en fin de cycle), tout en la laissant gérée directement par ses membres plutôt que par une institution financière externe. Depuis 1991, le modèle des VSLA a été diffusé, selon CARE International, à plus de 8 millions de membres dans le monde, majoritairement des femmes.
3.5 La crise de la microfinance en Andhra Pradesh (2010) et le débat scientifique sur l'impact du microcrédit
L'expansion rapide du microcrédit dans le monde, à partir des années 2000, se heurte à une crise majeure dans l'État indien de l'Andhra Pradesh (Inde du Sud) en 2010. L'État concentrait, en 2009, près de 30 % du portefeuille national de microfinance indien pour seulement 7 % de la population du pays — un signe d'expansion particulièrement concentrée. En juillet 2010, l'introduction en bourse réussie de la plus grande institution de microfinance du pays, SKS Microfinance, coïncide avec une série de controverses portant sur des pratiques de recouvrement jugées coercitives, associées, selon plusieurs rapports, à une vague de suicides d'emprunteurs surendettés. Le gouvernement de l'État promulgue, avec effet au 15 octobre 2010, une ordonnance de régulation des institutions de microfinance (Andhra Pradesh Microfinance Institutions (Regulation of Money Lending) Ordinance), imposant l'enregistrement obligatoire de toutes les institutions de microfinance opérant dans l'État, la déclaration de leur zone d'activité et de leurs taux d'intérêt pratiqués. Cet épisode, largement documenté dans la littérature académique sur le surendettement, a durablement marqué le débat mondial sur les risques du microcrédit lorsqu'il est déployé à grande échelle sans encadrement suffisant.
Parallèlement à cette crise, le milieu académique produit, à partir du milieu des années 2000, des évaluations rigoureuses de l'impact réel du microcrédit sur la pauvreté. L'économiste Abhijit Banerjee, avec Esther Duflo, Rachel Glennerster et Cynthia Kinnan, conduit la première évaluation randomisée de l'introduction du microcrédit de groupe dans un nouveau marché, portant sur 104 bidonvilles de la ville de Hyderabad (Andhra Pradesh, Inde), à partir de 2005, où la moitié des zones étudiées avaient été sélectionnées aléatoirement pour l'ouverture d'une agence de l'institution de microfinance Spandana. Publiée en 2015 dans l'American Economic Journal: Applied Economics (volume 7, numéro 1, pages 22-53), l'étude constate que les ménages des zones traitées étaient 8,8 points de pourcentage plus susceptibles de détenir un prêt de microcrédit quinze à dix-huit mois après l'introduction du service, sans pour autant être plus susceptibles de créer une nouvelle entreprise ; les dépenses en biens durables augmentaient, les dépenses en « biens de tentation » diminuaient, mais aucun effet significatif n'était mesuré sur la santé, l'éducation ou l'autonomisation des femmes. Ces résultats, aux côtés de plusieurs études randomisées comparables menées dans d'autres pays, ont largement nuancé, dans la littérature économique, l'optimisme initial entourant la capacité du microcrédit à transformer durablement les conditions de vie des emprunteurs les plus pauvres — un débat qu'il convient de présenter comme documenté et non tranché plutôt que de trancher arbitrairement dans un sens ou dans l'autre (voir également 4.1).
3.6 La monnaie mobile comme instrument d'inclusion : de M-Pesa (2007) à M-Shwari (2012)
L'article « Naissance et origines de la finance » (rubrique Finance, section 3.5) et le futur article dédié « Mobile money » (rubrique Banque & monnaies) traitent en détail l'histoire technique et commerciale du service M-Pesa, lancé au Kenya par l'opérateur téléphonique Safaricom en mars 2007. Le présent article ne revient pas sur cette histoire technique, mais s'intéresse spécifiquement à l'angle de l'inclusion financière et aux indicateurs qui en mesurent l'effet.
Depuis son lancement en 2007, M-Pesa est utilisé, selon les données disponibles, par plus de 70 % de la population kényane. Une étude de référence conduite par les économistes Tavneet Suri et William Jack conclut que l'accès à M-Pesa a permis de sortir environ 2 % des ménages kényans de l'extrême pauvreté entre 2008 et 2014, principalement via un meilleur lissage des chocs de revenu (transferts d'argent rapides en cas d'urgence familiale) plutôt que via une accumulation de capital productif. L'usage croissant de M-Pesa réduit par ailleurs, selon cette même recherche, le recours aux mécanismes d'épargne informels de type ROSCA décrits en section I, tout en augmentant la probabilité que les utilisateurs disposent, en parallèle, d'un compte bancaire formel — signe que la monnaie mobile ne s'est pas simplement substituée aux pratiques d'épargne communautaire préexistantes, mais a servi de passerelle partielle vers le système financier formel.
En matière d'inclusion des femmes, les données disponibles indiquent que l'écart entre hommes et femmes dans l'accès à un compte financier au Kenya, qui dépassait 12 points de pourcentage en 2006, s'est réduit de façon notable dans les années suivant l'introduction de M-Pesa, plusieurs études soulignant l'impact particulièrement significatif du service pour l'inclusion financière des femmes kényanes — même si, dans le même temps, plusieurs recherches relèvent que le taux d'adoption de M-Pesa parmi les femmes reste, en valeur absolue, en retrait par rapport à celui des hommes, reflet de disparités de genre plus larges dans l'accès aux services financiers (voir 4.2).
Le lancement, le 27 novembre 2012, du service M-Shwari (« calme », en swahili) par la Commercial Bank of Africa (CBA) en partenariat avec Safaricom constitue une étape supplémentaire : ce service combine un compte d'épargne portant intérêt (entre 2 % et 5 % par an) directement adossé au porte-monnaie électronique M-Pesa, et un accès à des microcrédits à court terme pouvant atteindre 235 dollars américains, accordés sur la base de l'historique de transactions mobiles de l'utilisateur plutôt que sur une garantie matérielle classique — un mécanisme d'évaluation du risque de crédit reposant sur les données numériques du client, préfigurant les pratiques contemporaines de scoring alternatif utilisées par de nombreuses fintechs africaines. En six mois seulement après son lancement, M-Shwari revendiquait 3,5 millions de clients inscrits, 11,7 millions de dollars accumulés en épargne et plus de 22,4 millions de dollars de prêts décaissés — une adoption rapide illustrant la demande latente pour des services financiers accessibles sans passage par une agence bancaire physique.
3.7 Mesurer l'inclusion financière mondiale : le Global Findex de la Banque mondiale (depuis 2011)
Jusqu'au début des années 2010, il n'existait pas de base de données mondiale unique et comparable permettant de mesurer, pays par pays, la proportion de la population adulte disposant d'un compte financier formel. Cette lacune est comblée en 2011, lorsque le Groupe de la Banque mondiale lance la base de données Global Findex (Global Financial Inclusion Database), constituée à partir d'une enquête menée en 2011 auprès d'environ 150 000 personnes dans 148 pays, décrivant la façon dont les populations épargnent, empruntent, effectuent des paiements et gèrent les risques financiers. Cette première édition établit un chiffre de référence resté largement cité dans les années suivantes : environ 2,5 milliards d'adultes dans le monde étaient alors dépourvus de tout compte financier formel (« non bancarisés »). La base est actualisée tous les trois ans depuis 2011, avec des éditions successives publiées en 2014, 2017, 2021 puis 2025, permettant pour la première fois de suivre dans la durée, avec une méthodologie homogène, la progression — ou la stagnation — de l'inclusion financière à l'échelle mondiale et par région.
En Afrique subsaharienne, ces éditions successives documentent une progression continue mais inégale : la part des adultes disposant d'un compte financier (bancaire ou mobile) passe de 34 % en 2014 à 58 % en 2024 selon les données les plus récentes disponibles — une progression portée en très large part par l'essor de la monnaie mobile plutôt que par l'expansion du réseau bancaire traditionnel. Le Global Findex constitue aujourd'hui l'outil de référence mondial cité par la quasi-totalité des institutions et chercheurs travaillant sur l'inclusion financière, y compris pour évaluer l'impact des politiques présentées dans la section suivante.
3.8 L'Alliance pour l'inclusion financière (AFI, 2008) et les politiques des banques centrales africaines
Le 1er janvier 2008, l'Alliance pour l'inclusion financière (Alliance for Financial Inclusion, AFI) est constituée grâce à une subvention de 35 millions de dollars de la fondation Bill & Melinda Gates, avec pour objectif de mettre en réseau les régulateurs financiers et les banques centrales des pays émergents et en développement, afin de leur permettre de partager entre eux des politiques d'inclusion financière fondées sur l'expérience concrète de chaque institution membre plutôt que sur des recommandations conçues depuis les pays riches. Cinq institutions fondatrices constituent le noyau initial du projet — la Banque d'Indonésie, la Banque centrale des Philippines, la Banque de Thaïlande, la Commission bancaire et des valeurs mobilières du Mexique, et la Surintendance des banques, assurances et fonds de pension du Pérou —, avant que l'organisation ne s'élargisse considérablement : elle revendique, en février 2025, 90 membres issus de 83 pays en développement et émergents, dont un nombre significatif de banques centrales africaines. L'AFI, dont le siège est établi à Kuala Lumpur (Malaisie), devient une organisation pleinement indépendante et financée par ses membres au cours des années suivant sa fondation.
En Afrique de l'Ouest, la Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO), déjà présentée dans l'article « Naissance et origines de la finance » (section 3.5), élabore un cadre stratégique régional d'inclusion financière pour l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), adopté par le Conseil des ministres de l'UEMOA en juin 2016 avec l'appui du Fonds d'équipement des Nations unies (UNCDF), destiné à fédérer les initiatives des autorités monétaires nationales et à garantir la protection des clients de services financiers ainsi que l'éducation financière des populations. Une nouvelle stratégie, couvrant la période 2025-2030, fixe un objectif d'un taux d'inclusion financière de 90 % de la population adulte d'ici 2030, contre un taux de 76,1 % constaté au 31 décembre 2025 — avec des cibles précises telles que le passage de l'usage de la monnaie électronique de 55,9 % à 75 % de la population adulte, et l'extension de la couverture territoriale en points de service financiers. D'autres banques centrales africaines, à des degrés variés, ont développé des stratégies nationales ou régionales comparables au cours de la décennie 2010-2020, s'appuyant largement sur les cadres méthodologiques diffusés par l'AFI et sur les indicateurs mesurés par le Global Findex.
IV. Enjeux, courants de pensée et futurs possibles
4.1 Le débat sur la financiarisation de la pauvreté versus l'émancipation économique
L'histoire retracée dans cet article fait apparaître un débat de fond, documenté dans la littérature académique et non tranché, entre deux lectures opposées du microcrédit et, plus largement, de l'inclusion financière contemporaine. La première lecture, incarnée par le discours de Muhammad Yunus lui-même et par une large partie du mouvement du microcrédit issu du Sommet de 1997, présente l'accès au crédit comme un vecteur d'émancipation économique, en particulier pour les femmes, permettant à des personnes jusque-là exclues du système financier de devenir des entrepreneures autonomes.
Une seconde lecture, portée notamment par l'anthropologue Lamia Karim dans son ouvrage Microfinance and Its Discontents: Women in Debt in Bangladesh (University of Minnesota Press, 2011), issu d'une enquête ethnographique menée auprès d'emprunteuses de la Grameen Bank et de plusieurs grandes ONG bangladaises, propose une critique féministe du processus de microcrédit : selon cette analyse, certaines organisations de microfinance mobiliseraient des codes sociaux d'honneur et de honte pour discipliner la conduite des femmes emprunteuses au service d'un agenda d'expansion capitaliste, ces pratiques informelles pouvant, selon les cas documentés par l'auteure, subordonner les femmes pauvres à des niveaux d'endettement croissants et alimenter des violences accrues au sein du foyer et de la communauté. Cette critique, ainsi que les résultats plus mesurés des évaluations randomisées présentées en 3.5 (Banerjee, Duflo et coauteurs, 2015), et l'épisode de la crise de l'Andhra Pradesh (2010), nourrissent depuis le milieu des années 2000 un débat scientifique et politique sur la notion de « financiarisation de la pauvreté » : l'idée que l'extension du crédit formel aux populations les plus pauvres, loin de toujours constituer un progrès, peut dans certains contextes déplacer le risque économique vers les emprunteurs les plus vulnérables sans apporter les gains de revenu ou de bien-être promis. Ce débat doit être rapporté comme documenté et ouvert, les deux lectures trouvant, selon les contextes nationaux et les institutions étudiées, des éléments empiriques à l'appui de leurs positions respectives, sans qu'un consensus scientifique définitif ne permette de trancher entre elles de façon générale.
4.2 L'inclusion financière des femmes en Afrique : l'écart de genre documenté par le Global Findex
Le Global Findex (voir 3.7) permet de documenter, de façon comparable dans le temps, un écart de genre persistant dans l'accès aux services financiers en Afrique subsaharienne. Selon les données les plus récentes disponibles, les femmes de la région restent en moyenne 12 points de pourcentage en retrait par rapport aux hommes en matière d'accès à un compte financier, près de la moitié des femmes de la région demeurant sans compte bancaire ou mobile. Ce même écart de genre est mesuré à 7 points de pourcentage en 2011, ce qui indique, selon cette mesure, une aggravation relative de l'écart entre les deux premières éditions de la base de données plutôt qu'une réduction mécanique de celui-ci au fil du temps — un constat qui nuance l'idée, parfois avancée de façon trop optimiste, selon laquelle la seule diffusion de la monnaie mobile suffirait à résorber structurellement les inégalités de genre en matière d'inclusion financière (voir également l'exemple kényan traité en 3.6, où l'écart de genre s'est, à l'inverse, réduit après l'introduction de M-Pesa — signe que l'effet de la monnaie mobile sur l'écart de genre varie sensiblement selon les contextes nationaux et ne peut être généralisé sans nuance à l'ensemble du continent).
Plusieurs organisations internationales, dont l'AFI elle-même à travers des modèles de politiques dédiés au genre et à l'inclusion financière, ainsi que plusieurs banques centrales africaines dans le cadre de leurs stratégies nationales, ont fait de la réduction de cet écart un objectif explicite de politique publique au cours de la décennie 2020, sans que les résultats mesurés à ce jour ne permettent de conclure à une résorption généralisée du phénomène à l'échelle du continent.
4.3 Fintech et inclusion : agent banking et banques 100 % mobiles
Au-delà du seul mobile money au sens strict, le paysage de l'inclusion financière africaine s'est enrichi, à partir des années 2010, d'un ensemble de dispositifs et d'acteurs relevant plus largement de la fintech. Le modèle de l'agent banking — un réseau d'agents commerciaux (souvent des commerces de proximité) équipés pour effectuer, au nom d'une institution financière, des opérations de dépôt, de retrait et parfois d'ouverture de compte, sans qu'une agence bancaire physique ne soit nécessaire — permet d'étendre la couverture des services financiers dans des zones rurales ou périurbaines où l'implantation d'agences bancaires classiques resterait économiquement peu viable. Ce modèle, déjà à l'œuvre dans l'écosystème M-Pesa/M-Shwari décrit en 3.6, s'est généralisé à de nombreux autres pays et opérateurs du continent au cours de la décennie 2010-2020.
Le nombre d'entreprises fintech actives en Afrique est passé de 450 en 2020 à 1 049 en avril 2022, puis à plus de 1 263 en janvier 2024, selon les décomptes disponibles — une croissance rapide qui traduit l'essor d'un écosystème plus large que celui, désormais historique, du seul mobile money des origines. Le continent compte par ailleurs plus de 1,1 milliard de portefeuilles mobiles actifs, soit plus de la moitié des 2 milliards recensés dans le monde, l'Afrique subsaharienne représentant à elle seule 66 % des échanges numériques mondiaux effectués via ce type d'outils. Des néobanques, entièrement numériques et sans réseau d'agences physiques, se développent également sur le continent au cours de cette période, présentées par leurs promoteurs comme une réponse structurelle à un besoin de services financiers demeuré, selon certaines estimations, non satisfait pour environ 57 % de la population africaine (soit environ 360 millions de personnes) ne disposant, à la date de ces estimations, d'aucun type de compte, y compris de compte de monnaie mobile.
4.4 Futurs possibles : interopérabilité, identité numérique et souveraineté des données financières
Plusieurs trajectoires, non exclusives les unes des autres, se dessinent pour l'avenir de la finance inclusive en Afrique. La première est l'approfondissement de l'interopérabilité entre opérateurs de monnaie mobile, de banques et de fintechs — c'est-à-dire la capacité, pour un utilisateur, de transférer des fonds entre des services concurrents sans passer par un compte bancaire traditionnel — un chantier déjà engagé dans plusieurs pays et régions du continent, dont l'UEMOA, mais dont l'achèvement reste, à ce jour, documenté de façon incomplète dans les sources disponibles. La deuxième est le développement de systèmes d'identité numérique permettant de faciliter l'accès aux services financiers formels pour des populations dépourvues de documents d'identité traditionnels, un obstacle documenté à l'inclusion financière dans plusieurs pays du continent. La troisième est le débat, non tranché, sur la souveraineté des données financières des utilisateurs africains, dans un contexte où une part significative de l'infrastructure technique du mobile money et de la fintech repose sur des opérateurs privés, parfois extérieurs au continent — un enjeu qui prolonge, sous une forme renouvelée, le débat plus ancien sur la souveraineté monétaire et financière déjà évoqué dans les articles « Naissance et origines de la finance » et « Finance publique » de cette même rubrique. Ces trajectoires ne sont pas mutuellement exclusives et rejoignent, pour plusieurs d'entre elles, les enjeux traités plus en détail dans l'article dédié « Mobile money » de la rubrique Banque & monnaies.
V. Synthèse méthode Sankofa
L'image simple à retenir. Imaginez un même cercle de personnes assises en rond, qui se transmet, tour après tour, une bourse commune remplie par chacune d'entre elles. À Ibadan (Nigeria actuel), ce cercle s'appelle esusu et existe depuis des générations sans qu'on puisse en dater précisément l'origine. À Kochi (Inde actuelle), un cercle presque identique s'appelle chit fund et est décrit par écrit dès 1887. À Shanxi (Chine actuelle), on l'appelle hui depuis au moins la dynastie Tang. À Mexico, on l'appelle tanda. Aucun de ces cercles n'a copié les autres : chacun a résolu, indépendamment, le même problème — comment épargner et emprunter quand aucune banque ne veut de vous. Au XIXe siècle, l'Europe invente une version institutionnalisée et écrite de ce même problème, la caisse d'épargne et la banque postale. Au XXe siècle, un professeur bangladais du nom de Muhammad Yunus invente une version bancarisée et exportable du même problème, le microcrédit. Au XXIe siècle, un opérateur de téléphonie kényan répond au même problème avec un numéro de téléphone plutôt qu'un livret d'épargne. Le cercle qui tourne n'a jamais cessé de tourner : il a seulement changé de forme.
Croquis conceptuel à décrire. Une ligne temporelle horizontale portant huit repères datés : « esusu — documenté 1952 (Bascom), pratique antérieure non datée » ; « chit funds indiens — décrits 1887 (Logan) » ; « hui chinois — attesté dès les dynasties Tang/Song (VIIe-XIIIe siècle) » ; « tontine européenne — 1653 (Lorenzo Tonti) » ; « Hambourg 1778 puis Ruthwell 1810 » (caisses d'épargne) ; « Post Office Savings Bank, 1861 » (banque postale) ; « Grameen Bank, 1976-1983 » (Yunus) ; « M-Pesa 2007, Global Findex 2011, AFI 2008 » (inclusion numérique et mesure mondiale). Sous cette ligne, quatre cercles concentriques représentant les quatre échelles de l'inclusion financière traitées par cet article, du plus petit au plus grand : le cercle familial et de voisinage (esusu, susu, tanda, hui) ; le cercle institutionnel local (caisse d'épargne, banque postale) ; le cercle national régulé (Grameen Bank, Equity Bank, ACEP, banques centrales) ; le cercle mondial mesuré (Global Findex, AFI). Une flèche traverse les quatre cercles de haut en bas, indiquant que chaque échelle plus large a cherché, avec des succès documentés mais débattus, à formaliser et à mesurer ce que l'échelle la plus petite pratiquait déjà, souvent depuis bien plus longtemps qu'elle n'a pu être documentée par écrit.
Bibliographie
Sources primaires
Al-Bakri, Abu Ubayd (1068). Kitab al-Masalik wa'l-Mamalik (Livre des routes et des royaumes) — référence contextuelle sur la fiscalité et le change ouest-africains médiévaux, voir article « Naissance et origines de la finance ».
Logan, William (1887). Description de la coutume des chit funds dans le district du Malabar, présidence de Madras (rapportée dans la littérature secondaire sur l'histoire des chit funds indiens).
Post Office Savings Bank Act, 1861 (24 & 25 Vict., c. 14), sanctionné le 17 mai 1861, Royaume-Uni.
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Ouvrages académiques et articles scientifiques
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Lowenstein, Matthew (2024). « Rotating savings and credit associations (ROSCAs) in prewar China: Communal finance and the roots of economic development ». The Economic History Review, vol. 77, n°3, p. 796-822.
Suri, Tavneet et Jack, William (2016). « The long-run poverty and gender impacts of mobile money ». Science, vol. 354, n°6317, p. 1288-1292.
Rapports institutionnels et textes réglementaires
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Banque mondiale (2011, 2014, 2017, 2021, 2025). Global Findex Database, éditions successives.
CARE International (depuis 1991). Documentation institutionnelle sur les Village Savings and Loan Associations (VSLA), Niger et diffusion mondiale.
Comité Nobel norvégien (2006). The Nobel Peace Prize 2006 — Muhammad Yunus and Grameen Bank, communiqué de presse.
Microcredit Summit Campaign (1997). Actes et déclarations du premier Sommet du microcrédit, Washington, D.C., 2-4 février 1997.
Presse, carnets de recherche et ressources en ligne
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Recherche associée à The Journal of Imperial and Commonwealth History (2021). « The African Savers and the Post Office Savings Bank in Colonial Kenya (1910-1954) ». Vol. 51, n°4.
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Wikipédia (consulté 2026). « Henry Duncan (minister) ». https://en.wikipedia.org/wiki/Henry_Duncan_(minister)
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Banque mondiale, actualités et blogs (2018, 2026). « La base de données Global Findex indique une progression de l'inclusion financière, mais aussi la persistance de fortes disparités » ; « La base de données Global Findex 2021 en cinq graphiques ». https://www.banquemondiale.org/fr/news/press-release/2018/04/19/financial-inclusion-on-the-rise-but-gaps-remain-global-findex-database-shows ; https://blogs.worldbank.org/fr/voices/la-base-de-donnees-global-findex-2021-en-cinq-graphiques
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Article rédigé pour Sankofa Finance, rubrique Finance, sous-chapitre 4/5 « Finance inclusive ». Méthodologie : datation systématique, corroboration chronologique, équilibre sources occidentales/africaines/asiatiques/latino-américaines, sourçage vérifiable exclusivement (méthodologie « sankofa-histoire-chronologie »).
Bibliographie
- ### Sources primaires
- Al-Bakri, Abu Ubayd (1068). *Kitab al-Masalik wa'l-Mamalik* (Livre des routes et des royaumes) — référence contextuelle sur la fiscalité et le change ouest-africains médiévaux, voir article « Naissance et origines de la finance ».
- Logan, William (1887). Description de la coutume des chit funds dans le district du Malabar, présidence de Madras (rapportée dans la littérature secondaire sur l'histoire des chit funds indiens).
- Post Office Savings Bank Act, 1861 (24 & 25 Vict., c. 14), sanctionné le 17 mai 1861, Royaume-Uni.
- The Andhra Pradesh Microfinance Institutions (Regulation of Money Lending) Ordinance, 2010, entrée en vigueur le 15 octobre 2010, État de l'Andhra Pradesh, Inde.
- ### Ouvrages académiques et articles scientifiques
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- Suri, Tavneet et Jack, William (2016). « The long-run poverty and gender impacts of mobile money ». *Science*, vol. 354, n°6317, p. 1288-1292.
- ### Rapports institutionnels et textes réglementaires
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- Paukwa (consulté 2026). « Postbank Kenya ». https://www.paukwa.or.ke/story-series/historyofbanking/postbank-kenya/
- Recherche associée à *The Journal of Imperial and Commonwealth History* (2021). « The African Savers and the Post Office Savings Bank in Colonial Kenya (1910-1954) ». Vol. 51, n°4.
- Sud Quotidien (consulté 2026). « Alliance de crédit et d'épargne pour la production (Acep) : 200 milliards FCFA pour financer les exclus du système bancaire classique ». https://www.sudquotidien.sn/alliance-de-credit-et-depargne-pour-la-production-acep-200-milliards-fcfa-pour-financer-les-exclus-du-systeme-bancaire-classique/
- Wikipédia (consulté 2026). « Tanda (informal loan club) ». https://en.wikipedia.org/wiki/Tanda_(informal_loan_club)
- Wikipédia (consulté 2026). « Chit fund ». https://en.wikipedia.org/wiki/Chit_fund
- Wikipédia (consulté 2026). « Rotating savings and credit association ». https://en.wikipedia.org/wiki/Rotating_savings_and_credit_association
- Wikipédia (consulté 2026). « Lorenzo Tonti ». https://fr.wikipedia.org/wiki/Lorenzo_Tonti
- Wikipédia (consulté 2026). « Henry Duncan (minister) ». https://en.wikipedia.org/wiki/Henry_Duncan_(minister)
- Wikipédia (consulté 2026). « Microcredit Summit Campaign ». https://en.wikipedia.org/wiki/Microcredit_Summit_Campaign
- Wikipédia (consulté 2026). « Alliance for Financial Inclusion ». https://en.wikipedia.org/wiki/Alliance_for_Financial_Inclusion
- Banque mondiale, actualités et blogs (2018, 2026). « La base de données Global Findex indique une progression de l'inclusion financière, mais aussi la persistance de fortes disparités » ; « La base de données Global Findex 2021 en cinq graphiques ». https://www.banquemondiale.org/fr/news/press-release/2018/04/19/financial-inclusion-on-the-rise-but-gaps-remain-global-findex-database-shows ; https://blogs.worldbank.org/fr/voices/la-base-de-donnees-global-findex-2021-en-cinq-graphiques
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- *Article rédigé pour Sankofa Finance, rubrique Finance, sous-chapitre 4/5 « Finance inclusive ». Méthodologie : datation systématique, corroboration chronologique, équilibre sources occidentales/africaines/asiatiques/latino-américaines, sourçage vérifiable exclusivement (méthodologie « sankofa-histoire-chronologie »).*