La BRVM : histoire d'une bourse partagée par huit pays d'Afrique de l'Ouest
Le 16 septembre 1998, à Abidjan (Côte d'Ivoire), la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM) entame ses premières séances de cotation. Pour la première fois dans l'histoire financière mondiale, une bourse de valeurs unique est partagée en tant qu'institution commune par huit États souverains distincts : le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d'Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo — les huit membres de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Ce modèle de mutualisation régionale d'une infrastructure boursière, sans précédent exact dans le monde, est la réponse institutionnelle à un constat simple mais structurant : aucun de ces huit pays, pris individuellement, ne disposait d'une taille économique et d'une base d'investisseurs suffisantes pour faire fonctionner une bourse nationale liquide et crédible.
Publié le 09 septembre 2026
# La BRVM : histoire d'une bourse partagée par huit pays d'Afrique de l'Ouest
Rubrique Marchés et Bourses — Sankofa Finance | Sous-chapitre 7/9
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Introduction
Le 16 septembre 1998, à Abidjan (Côte d'Ivoire), la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM) entame ses premières séances de cotation. Pour la première fois dans l'histoire financière mondiale, une bourse de valeurs unique est partagée par huit États souverains : le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d'Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo — les huit membres de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Ce modèle de mutualisation régionale est la réponse institutionnelle à un constat simple : aucun de ces huit pays, pris individuellement, ne disposait d'une taille économique et d'une base d'investisseurs suffisantes pour faire fonctionner une bourse nationale liquide et crédible.
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I. Genèse du projet (1974-1996)
1.1 La Bourse des valeurs d'Abidjan (BVA, 1974-1997)
Avant la BRVM existait la Bourse des valeurs d'Abidjan (BVA), créée en 1974 (premières transactions en 1976, fermeture fin décembre 1997) sous l'impulsion de la Côte d'Ivoire post-indépendance avec l'appui de la France. Cette bourse nationale ivoirienne, qui cotait principalement des titres d'entreprises à capitaux franco-ivoiriens, est restée d'une liquidité limitée tout au long de son existence, faute d'une base suffisante d'investisseurs institutionnels locaux et de sociétés cotées. Elle cesse ses activités le 31 décembre 1997, remplacée par la BRVM au 1er janvier 1998.
1.2 Le projet de bourse régionale (années 1970-1990)
L'idée d'une bourse commune aux pays de l'UEMOA (alors UMOA — Union monétaire ouest-africaine, avant l'ajout du volet économique en 1994) est discutée depuis les années 1970. La BCEAO (Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest, siège à Dakar, Sénégal) en est le principal promoteur institutionnel, considérant qu'un marché financier régional est nécessaire pour mobiliser l'épargne locale et financer les investissements productifs dans la zone franc. Plusieurs études de faisabilité sont commanditées dans les années 1980 et au début des années 1990, avec l'appui technique de la Banque mondiale et de la BAD.
La Convention portant création de la BRVM et du Dépositaire central / Banque de règlement (DC/BR) est signée le 18 décembre 1996 à Cotonou (Bénin), lors d'une cérémonie réunissant les ministres des Finances des huit États membres de l'UEMOA. Cette date constitue l'acte de naissance juridique officiel de la BRVM.
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II. Création et démarrage (1996-1998)
2.1 L'autorité de régulation : le CREPMF (1997)
Le 20 novembre 1997, le Conseil des ministres de l'UEMOA installe officiellement le Conseil régional de l'épargne publique et des marchés financiers (CREPMF), autorité de régulation commune aux huit pays membres, siégeant à Abidjan. Le CREPMF (renommé AMF-UMOA — Autorité des marchés financiers de l'Union monétaire ouest-africaine — à compter du 1er octobre 2022) est chargé de la réglementation et du contrôle du marché financier régional, de l'approbation des émissions de titres, de la délivrance des agréments aux acteurs de marché (sociétés de gestion et d'intermédiation, SGI) et de la protection des investisseurs. Sa création avant l'ouverture de la bourse elle-même illustre la logique institutionnelle du projet : le régulateur devait précéder le marché.
2.2 L'ouverture effective (16 septembre 1998)
La BRVM ouvre ses premières séances de cotation le 16 septembre 1998 avec 35 sociétés cotées et 32 obligations d'État ou d'entreprises. Les cotations se tiennent d'abord trois fois par semaine, par fixing (confrontation des ordres à un moment donné de la séance), puis deviennent quotidiennes à partir du 12 novembre 2001, avant le passage à la cotation en continu, introduite le 16 septembre 2013 à l'occasion du 15e anniversaire de l'institution — soit quinze ans après le lancement.
La BRVM dispose, dès son ouverture, d'antennes nationales dans chacun des huit pays membres, permettant à des investisseurs de Dakar, Bamako, Lomé ou Niamey de passer des ordres sans se déplacer à Abidjan. Ce réseau d'antennes constitue un élément distinctif du modèle BRVM, tentant de dépasser la concentration géographique inhérente à toute infrastructure boursière.
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III. Développement et maturité (1998-2026)
3.1 Les indices BRVM : BRVM Composite et BRVM 30
La BRVM publie deux indices principaux : le BRVM Composite, qui agrège l'ensemble des valeurs cotées sur le marché actions, et le BRVM 30, créé ultérieurement, qui suit les 30 valeurs les plus liquides. Ces indices servent de référence pour les fonds d'investissement régionaux et les investisseurs internationaux cherchant une exposition au marché des actions ouest-africaines francophones.
3.2 Les sociétés emblématiques cotées
Parmi les sociétés cotées à la BRVM, plusieurs sont panafricaines ou ont une présence significative dans plusieurs pays de l'UEMOA : Sonatel (télécommunications, Sénégal), Orange Côte d'Ivoire, Ecobank Transnational Incorporated (banque panafricaine, Togo), ONATEL (télécoms, Burkina Faso), Société Ivoirienne de Banque, SOLIBRA (boissons, Côte d'Ivoire). La capitalisation boursière totale de la BRVM a progressé significativement depuis 1998, bien qu'elle reste modeste par rapport aux grandes places africaines (Johannesburg, Casablanca, Égypte).
3.3 Les émissions obligataires souveraines
Le marché des titres publics est, en volume, le segment le plus actif de la BRVM : les États de l'UEMOA émettent régulièrement des bons du Trésor et des obligations souveraines libellés en francs CFA (XOF), achetés principalement par les banques commerciales et les établissements de crédit de la zone. Ce marché obligataire souverain intégré est l'un des apports les plus concrets du projet BRVM : il permet aux États membres de se financer collectivement sur un marché commun, à des taux comparables, sans avoir à s'adresser individuellement à des marchés de capitaux extérieurs.
3.4 La cotation en continu (2013) et la modernisation technologique
Le passage à la cotation en continu en septembre 2013 constitue la réforme la plus importante dans l'histoire opérationnelle de la BRVM depuis son ouverture. Elle aligne le fonctionnement technique de la BRVM sur celui des grandes bourses mondiales (London Stock Exchange, NYSE Euronext) et renforce son attractivité pour les investisseurs institutionnels internationaux, pour lesquels la possibilité d'exécuter des ordres à tout moment de la séance (et non uniquement à heure fixe) est une condition nécessaire pour envisager un investissement.
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IV. Enjeux, courants de pensée et futurs possibles
4.1 La liquidité : principal défi structurel
Malgré ses vingt-cinq ans d'existence, la BRVM souffre d'une liquidité encore limitée sur le marché actions : plusieurs sociétés cotées voient leurs titres s'échanger avec une fréquence insuffisante pour constituer un véritable signal de prix fiable. Les causes sont structurelles : une base d'investisseurs institutionnels locaux encore étroite (les fonds de pension et compagnies d'assurance de la zone UEMOA sont moins développés qu'en Afrique du Sud ou au Kenya), et une culture de l'investissement en actions encore peu répandue parmi les épargnants particuliers de la région.
4.2 L'intégration régionale : modèle ou exception ?
Le modèle de bourse régionale mutualisée de la BRVM est souvent cité, dans les discussions sur l'intégration des marchés financiers africains, comme un précédent transposable à d'autres sous-régions. Pourtant, ce modèle repose sur des conditions spécifiques à l'UEMOA : une monnaie unique (le franc CFA, XOF), un cadre réglementaire commun, et une tradition d'intégration institutionnelle remontant à l'époque coloniale française. Ces conditions sont absentes dans d'autres sous-régions africaines (Afrique de l'Est, Afrique centrale), ce qui explique pourquoi le modèle BRVM n'a pas été directement répliqué malgré son succès relatif.
4.3 Futurs possibles
Les évolutions les plus documentées : l'élargissement potentiel de la BRVM à de nouveaux membres hors UEMOA (discussions avec la Guinée, le Cap-Vert) ; l'interconnexion avec d'autres bourses africaines dans le cadre de l'AELP (novembre 2022) ; et le développement d'une plateforme de financement des PME sur le modèle des marchés alternatifs européens (AIM à Londres, Alternext à Paris).
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V. Synthèse méthode Sankofa
L'image simple à retenir. La BRVM, c'est l'histoire de huit pays qui ont choisi de partager leur bourse plutôt que d'en construire chacun une petite. C'est un pari sur l'intégration régionale contre le nationalisme économique — un pari qui a tenu depuis 1998, mais qui reste fragile, car il repose sur la volonté politique permanente de huit gouvernements souverains de maintenir et de renforcer une institution commune plutôt que de la fragmenter.
Croquis conceptuel. Une carte de l'Afrique de l'Ouest avec les huit pays de l'UEMOA reliés par des lignes convergeant vers un point central à Abidjan — représentant la BRVM et son siège. Autour de ce point central : les antennes nationales dans chaque capitale. Une ligne du temps en bas : 1974 (BVA Abidjan), 1994 (création de l'UEMOA), 1996 (signature de la Convention BRVM à Cotonou), 1997 (installation du CREPMF), 1998 (ouverture), 2013 (cotation en continu), 2022 (connexion AELP), 2022 (CREPMF renommé AMF-UMOA).
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Article rédigé pour Sankofa Finance, rubrique Marchés et Bourses, sous-chapitre 7/9.
Bibliographie
- Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM). *Historique et cadre institutionnel*. brvm.org.
- Conseil régional de l'épargne publique et des marchés financiers (CREPMF) / AMF-UMOA. *Cadre réglementaire*. amf-umoa.org.
- Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO). *Historique du marché financier régional de l'UEMOA*. bceao.int.
- Banque africaine de développement (BAD). *African Financial Markets Initiative*. afdb.org.