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Historique — du marché de plein air à la bourse électronique mondiale
Le 20 mars 1602, les États généraux des Provinces-Unies accordent à la Verenigde Oostindische Compagnie (Compagnie néerlandaise des Indes orientales, VOC) un monopole de vingt et un ans sur le commerce asiatique. Pour financer ses expéditions — longues, coûteuses et risquées —, la VOC ouvre une souscription publique à Amsterdam (actuels Pays-Bas) : 1 143 investisseurs, parmi lesquels des marchands fortunés mais aussi des artisans et au moins une domestique, Neeltgen Cornelis, qui y place 100 florins, apportent ensemble 6,5 millions de florins. Contrairement aux sociétés en commandite antérieures, ces parts ne sont remboursables qu'en cas de dissolution de la compagnie : pour récupérer sa mise, l'investisseur doit la revendre à un tiers. Ce besoin technique — organiser la revente d'un titre qui ne peut plus être remboursé par l'émetteur — fait naître, dans les années qui suivent 1602, un marché secondaire continu d'actions négociables, que les historiens financiers désignent couramment comme la première bourse moderne au sens strict du terme. Mais cette phrase — « la première bourse moderne » — appelle immédiatement une précision de méthode, qui structure tout cet article. Si l'on demande simplement « quel est le premier lieu au monde où des marchands se sont réunis pour échanger, sous des règles organisées, des biens ou des créances ? », la réponse remonte à l'Antiquité et n'a rien de spécifiquement européen. Si l'on demande « quel est le premier édifice construit spécifique
Publié le 09 septembre 2026
# Historique — du marché de plein air à la bourse électronique mondiale
Rubrique Marchés et Bourses — Sankofa Finance
Sommaire
- Introduction : une question mal posée — « quelle est la plus vieille bourse du monde ? » - I. Antiquité et Moyen Âge — les précurseurs - II. Naissance des bourses modernes (XVIIe-XIXe siècle) - III. Époque contemporaine — bourses africaines, électronisation, mondialisation - IV. Enjeux, courants de pensée et futurs possibles - V. Synthèse méthode Sankofa - Bibliographie
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Introduction : une question mal posée — « quelle est la plus vieille bourse du monde ? »
Le 20 mars 1602, les États généraux des Provinces-Unies accordent à la Verenigde Oostindische Compagnie (Compagnie néerlandaise des Indes orientales, VOC) un monopole de vingt et un ans sur le commerce asiatique. Pour financer ses expéditions — longues, coûteuses et risquées —, la VOC ouvre une souscription publique à Amsterdam (actuels Pays-Bas) : 1 143 investisseurs, parmi lesquels des marchands fortunés mais aussi des artisans et au moins une domestique, Neeltgen Cornelis, qui y place 100 florins, apportent ensemble 6,5 millions de florins. Contrairement aux sociétés en commandite antérieures, ces parts ne sont remboursables qu'en cas de dissolution de la compagnie : pour récupérer sa mise, l'investisseur doit la revendre à un tiers. Ce besoin technique — organiser la revente d'un titre qui ne peut plus être remboursé par l'émetteur — fait naître, dans les années qui suivent 1602, un marché secondaire continu d'actions négociables, que les historiens financiers désignent couramment comme la première bourse moderne au sens strict du terme.
Mais cette phrase — « la première bourse moderne » — appelle immédiatement une précision de méthode, qui structure tout cet article. Si l'on demande simplement « quel est le premier lieu au monde où des marchands se sont réunis pour échanger, sous des règles organisées, des biens ou des créances ? », la réponse remonte à l'Antiquité et n'a rien de spécifiquement européen. Si l'on demande « quel est le premier édifice construit spécifiquement pour abriter un marché d'échange ? », la réponse est la Bourse d'Anvers, bâtie en 1531 (actuelle Belgique). Si l'on demande « d'où vient le mot bourse lui-même ? », la réponse pointe vers une auberge de la famille Van der Beurze à Bruges, en activité dès 1285 (actuelle Belgique également). Et si l'on demande, enfin, « quel est le premier marché organisé et continu de titres négociables représentant la propriété fractionnée d'une entreprise cotée ? », alors la réponse est bien Amsterdam, 1602. Chacune de ces questions a une réponse différente, documentée, datée et localisée — et aucune ne rend les autres fausses.
Cet article retrace cette histoire en trois temps — les précurseurs antiques et médiévaux, la naissance des bourses modernes en Europe et en Amérique du Nord aux XVIIe-XIXe siècles, puis l'époque contemporaine, où l'Afrique occupe une place centrale — avant d'ouvrir sur les grands débats théoriques et les futurs possibles de l'institution boursière.
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I. Antiquité et Moyen Âge — les précurseurs
1.1 Marchés et foires antiques : l'échange organisé avant la bourse
Il faut distinguer, dès l'ouverture de ce chapitre, deux réalités que le grand public confond souvent : le marché, au sens de lieu physique où des biens s'échangent contre paiement, et la bourse, au sens plus restreint d'un marché organisé de titres financiers négociables (actions, obligations, contrats à terme) selon des règles formalisées, avec cotation publique des prix et, le plus souvent, un lieu ou une plateforme dédiés. Le premier est infiniment plus ancien que le second, et se retrouve, sous des formes locales très diverses, dans pratiquement toutes les civilisations agricoles et urbaines connues — des marchés babyloniens et égyptiens de l'Antiquité aux agoras grecques et aux fora romains, en passant par les marchés chinois de la dynastie Han (206 av. J.-C.-220 de notre ère) organisés en quartiers commerciaux réglementés sous supervision d'un fonctionnaire impérial.
Aucun de ces marchés antiques ne constitue, au sens strict retenu par cet article, une « bourse » : on n'y échange pas de titres de propriété négociables représentant une part d'entreprise ou une créance transférable à un tiers inconnu, mais des biens physiques contre un paiement immédiat ou un troc.
1.2 Les marchés hebdomadaires ouest-africains précoloniaux : un précurseur à ne pas confondre avec la bourse
Les marchés hebdomadaires ouest-africains précoloniaux — les sugu qui rythmaient la vie économique de l'empire du Mali (XIIIe-XVe siècle) — constituent un précurseur organisationnel réel : régularité temporelle, lieu fixe, règles tacites de prix et de crédit relationnel. Ils ne comportent en revanche aucun des traits distinctifs de la bourse au sens retenu ici — ni titre négociable écrit, ni cotation publique centralisée des prix, ni intermédiaire professionnel spécialisé dans le seul commerce de créances ou de parts sociales. Le contrôle royal du change entre l'or du Bambouk et du Bouré (actuel Mali/Sénégal) et le sel de Taghaza (actuel Mali/Sahara occidental), documenté par Al-Bakri en 460 de l'Hégire (1067-1068 de notre ère), relève ainsi davantage d'une politique monétaire royale précoce que d'un mécanisme boursier.
1.3 Les foires de Champagne (XIIe-XIIIe siècle) : l'ancêtre logistique et juridique
En Europe médiévale, le précurseur organisationnel le plus souvent cité est le réseau des foires de Champagne, qui se tiennent à tour de rôle à Troyes, Provins, Lagny-sur-Marne et Bar-sur-Aube (actuelle région Grand Est, France), selon un calendrier annuel fixe. Ce réseau atteint son apogée entre la première moitié du XIIe siècle et la fin du XIIIe siècle, avant de décliner progressivement au XIVe siècle. L'historien français Félix Bourquelot en propose, dès 1865, la première étude scientifique d'ensemble.
La contribution des foires de Champagne à l'histoire des bourses n'est pas la cotation de titres, mais l'invention et la diffusion d'instruments juridiques : la lettre de foire (ancêtre de la lettre de change), la compensation multilatérale des créances entre marchands en fin de foire, et une juridiction commerciale spécialisée, les « gardes des foires ».
1.4 La Beurze de Bruges (à partir de 1285) : l'origine du mot « bourse »
L'étymologie du mot « bourse » remonte à une famille d'aubergistes brugeois, les Van der Beurze, dont le nom de famille dérive du mot flamand beurze (« bourse », « sac à monnaie »), représenté sur leurs armoiries par trois bourses. Robert van der Beurze établit, à Bruges (actuelle Belgique), une hôtellerie en activité dès 1285. Cette hôtellerie devient, au cours des XIVe et XVe siècles, un lieu de rendez-vous pour les marchands étrangers actifs à Bruges — en particulier les représentants des républiques marchandes italiennes — qui viennent y négocier des créances et solliciter des conseils financiers. C'est cette fonction de conseil et de mise en relation financière, associée au nom de la famille, qui a fixé durablement l'usage du mot « bourse ».
1.5 Toulouse, 1372 : les Moulins du Bazacle, doyenne disputée des sociétés par actions
En 1372, à Toulouse (actuel Sud-Ouest de la France), les copropriétaires des moulins du Bazacle formalisent une charte qui divise le capital en 96 parts appelées uchaux, librement cessibles sur un marché informel selon l'offre et la demande, avec distribution de dividendes, assemblée générale des porteurs de parts et direction élue. Plusieurs historiens présentent aujourd'hui la Société des moulins du Bazacle comme la plus ancienne société par actions attestée dont les titres étaient effectivement négociables. Il n'existe cependant pas, à Toulouse, de lieu de cotation centralisé comparable à une bourse : les transferts se négocient de gré à gré entre connaissances.
1.6 La Bourse d'Anvers (1531) : le premier édifice au monde bâti pour l'échange
En 1531, Anvers (actuelle Belgique) se dote d'un édifice conçu dès l'origine pour abriter les activités d'échange : la Handelsbeurs, dessinée par l'architecte Domien de Waghemakere. Il s'agit, selon un consensus large chez les historiens économiques, du premier bâtiment au monde spécifiquement construit dans ce but — à distinguer de la Beurze de Bruges, qui était une auberge reconvertie par l'usage. Pendant environ un demi-siècle, la Bourse d'Anvers demeure le centre de gravité du commerce européen, et sert explicitement de modèle architectural pour plusieurs bourses ultérieures, dont la Royal Exchange de Londres et la Bourse d'Amsterdam.
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II. Naissance des bourses modernes (XVIIe-XIXe siècle)
2.1 Amsterdam, 1602 : la VOC et la première bourse d'actions négociables au sens strict
L'innovation décisive de la VOC (1602) réside dans une clause contractuelle : le capital est apporté à titre permanent, sans échéance de remboursement fixée par la compagnie. Pour un investisseur souhaitant récupérer sa mise, il ne reste donc qu'une option : revendre sa part à un tiers. C'est cette contrainte technique qui fait émerger, dans les années suivant 1602, un marché secondaire continu où les prix des actions de la VOC fluctuent quotidiennement.
En 1611, Amsterdam se dote d'un édifice spécifiquement destiné à ce commerce de titres, conçu par l'architecte Hendrick de Keyser. Entre les années 1630 et 1650 environ, ce marché atteint les caractéristiques d'un marché boursier moderne : liquidité suffisante pour une découverte de prix continue, présence de spéculateurs professionnels distincts des investisseurs de long terme, développement de techniques de vente à découvert et de marchés à terme sur les actions elles-mêmes.
2.2 La tulipomanie (1636-1637) : le premier krach spéculatif documenté
Sur cette même place d'Amsterdam, la tulipomanie constitue le premier krach spéculatif documenté de l'histoire financière. Introduite en Europe depuis l'Empire ottoman au XVIe siècle, la tulipe devient, dans les Provinces-Unies des années 1630, un objet de spéculation intense. Le retournement survient au début du mois de février 1637 : lors d'une vente aux enchères organisée à Haarlem le 3 février 1637, les acheteurs habituels refusent brutalement d'enchérir aux niveaux attendus. En l'espace de quelques semaines, des bulbes qui se négociaient pour l'équivalent de plusieurs milliers de florins perdent l'essentiel de leur valeur.
Il convient de noter que l'ampleur macroéconomique réelle de la tulipomanie fait l'objet de débats historiographiques : l'économiste Peter Garber estime que son impact sur l'économie néerlandaise dans son ensemble a été plus limité que ne le suggère la légende populaire.
2.3 Londres : de Jonathan's Coffee House (vers 1680-1698) au London Stock Exchange régulé (1801)
À Londres, Jonathan's Coffee House ouvre ses portes vers 1680, dans Change Alley au cœur de la City. En 1698, le courtier John Castaing commence à afficher, dans une liste intitulée The Course of the Exchange and Other Things, les prix des actions et des matières premières — la plus ancienne liste de cotations boursières régulières connue pour la place de Londres. En 1773, un club de courtiers fait construire son propre bâtiment dans Sweeting's Alley, d'abord surnommé « New Jonathan's », puis rebaptisé « The Stock Exchange ». La régulation formelle n'intervient qu'en 1801, avec la mise en place d'un système d'adhésion payante et d'un règlement écrit.
2.4 New York : le Buttonwood Agreement (1792) et la naissance du NYSE
Le Buttonwood Agreement est signé le 17 mai 1792 à New York par vingt-quatre courtiers, à l'extérieur du numéro 68 de Wall Street. L'accord fixe des règles simples : les signataires s'engagent à ne négocier qu'entre eux, à appliquer une commission standard d'un quart de pour cent, et à s'accorder mutuellement la priorité dans leurs transactions. En 1793, ils établissent leur lieu de rencontre habituel au Tontine Coffee House. Le nom de « New York Stock Exchange » n'est adopté formellement qu'en 1863.
2.5 « Première bourse du monde » : une question à réponse plurielle
Au terme de ce chapitre, la chronologie comparée impose une conclusion méthodologique : chaque affirmation de primauté n'est vraie que rapportée à la définition précise qu'elle sous-entend. Bruges (dès 1285) pour l'origine du mot ; Toulouse (1372) pour la plus ancienne société par actions négociables documentée, sans marché centralisé ; Anvers (1531) pour le premier édifice dédié ; Amsterdam (1602-1611) pour le premier marché continu d'actions représentant la propriété fractionnée d'une entreprise à capital permanent.
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III. Époque contemporaine — bourses africaines, électronisation, mondialisation
3.1 L'Égypte : Alexandrie (1883-1888) et Le Caire (1903), doyennes du continent
Les origines de la bourse égyptienne remontent à 1883, lorsqu'un premier marché à terme sur le coton se constitue à Alexandrie, sous le nom de Société du Coton d'Alexandrie. À partir de 1888, les négociants se constituent en Association Cotonière d'Alexandrie ; un édifice dédié est inauguré en 1899. Au Caire, la Société égyptienne de banque et de bourse est fondée en 1903. La fusion ultérieure des deux places donne naissance à l'institution aujourd'hui connue sous le nom de Bourse d'Égypte (Egyptian Exchange, EGX). Au tournant du XXe siècle, la Bourse du coton d'Alexandrie rivalisait directement avec les places de New York et de Liverpool comme l'un des marchés à terme du coton les plus actifs au monde.
3.2 L'Afrique australe : Johannesburg (1887) et les bourses rhodésiennes (1896, 1946)
La Bourse de Johannesburg (JSE) naît directement de la ruée vers l'or du Witwatersrand : après la découverte de gisements aurifères en 1886, la JSE est formellement fondée le 8 novembre 1887 par Benjamin Wollan. Sa croissance est fulgurante : le nombre de sociétés cotées passe de 68 fin 1887 à plus de 300 dès janvier 1890.
Plus au nord, dans l'actuel Zimbabwe, une première bourse ouvre à Bulawayo en 1896, mais ne reste active qu'une demi-douzaine d'années. La véritable devancière de la bourse zimbabwéenne moderne n'est fondée qu'en janvier 1946, à Bulawayo, par Alfred Mulock Bentley ; un second parquet ouvre à Salisbury (Harare) en décembre 1951.
3.3 Le Maghreb : la Bourse de Casablanca (1929)
Au Maroc, alors sous protectorat français, la Bourse de Casablanca est créée le 7 novembre 1929, sous le nom initial d'Office de Compensation des Valeurs Mobilières. Elle change plusieurs fois de statut : Office de Cotation des Valeurs Mobilières en 1948, réforme organisationnelle en 1967, puis création de la Société de Bourse des Valeurs de Casablanca (SBVC) en 1993.
3.4 L'Afrique de l'Est : Nairobi (1954, racines dès 1922)
La Bourse de Nairobi (NSE) trouve ses racines dans une première tentative de marché boursier constituée dès 1922 à Nairobi. L'institution moderne n'est fondée qu'à la date du 1er juillet 1954, sous le nom de Nairobi Stock Exchange, à l'initiative privée de quatre courtiers, enregistrée sous le régime du Societies Act. Le London Stock Exchange reconnaît la nouvelle place comme marché boursier extérieur dès juillet 1954.
3.5 La vague des indépendances : Lagos/Nigeria (1960-1961)
La Lagos Stock Exchange est fondée le 15 septembre 1960 — quelques jours avant l'indépendance officielle du Nigeria, proclamée le 1er octobre 1960 — et débute ses opérations officielles le 25 août 1961, avec dix-neuf titres inscrits à la cote. Sept signataires fondateurs figurent au mémorandum constitutif, parmi lesquels le comptable nigérian Akintola Williams. En décembre 1977, elle est rebaptisée Nigerian Stock Exchange, puis Nigerian Exchange Group (NGX).
3.6 L'intégration régionale : la BRVM (1996-1998)
La Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM) et son dépositaire central (DC/BR) sont constitués le 18 décembre 1996 à Cotonou. Le CREPMF est installé le 20 novembre 1997. La BRVM entame ses activités effectives le 16 septembre 1998, avec son siège opérationnel à Abidjan, réunissant les huit pays de l'UEMOA. Ce modèle de bourse régionale mutualisée est unique en Afrique à une telle échelle au moment de sa création.
3.7 Le Big Bang de Londres (1986) et l'électronisation mondiale des marchés
Le 27 octobre 1986, le gouvernement britannique de Margaret Thatcher met en œuvre un ensemble de mesures de libéralisation du London Stock Exchange connu sous le nom de « Big Bang ». Les principales mesures suppriment la distinction traditionnelle entre stockjobbers et stockbrokers, abolissent les commissions fixes obligatoires, et autorisent les groupes étrangers à détenir 100 % du capital des sociétés de courtage britanniques. La conséquence la plus durable est la bascule quasi immédiate vers la négociation électronique, via le système SEAQ (Stock Exchange Automated Quotation).
3.8 Mondialisation financière et trading algorithmique
À partir des années 1990 et 2000, la combinaison de la dérégulation, de la généralisation des réseaux informatiques et de la libéralisation des mouvements de capitaux transforme les bourses nationales en nœuds d'un système financier mondial interconnecté. Le développement du trading haute fréquence, qui consiste à exécuter un très grand nombre d'ordres en quelques millisecondes grâce à des algorithmes automatisés, devient une composante significative des volumes échangés.
3.9 Vers une bourse panafricaine ? L'AELP (2022) et les indices continentaux
Le Projet d'interconnexion des bourses africaines (African Exchanges Linkage Project, AELP), porté conjointement par l'ASEA et la BAD, relie sept bourses membres : BRVM, Casablanca, EGX, JSE, NSE, NGX et SEM (Maurice). La plateforme technique commune, baptisée AELP Link, est officiellement mise en service le 18 novembre 2022 à 00h00 UTC, permettant à un investisseur de négocier un portefeuille combiné de plus de mille valeurs cotées sur les sept places.
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IV. Enjeux, courants de pensée et futurs possibles
4.1 La théorie de l'efficience des marchés (Eugene Fama, 1970)
Le courant de pensée académique le plus structurant est la théorie de l'efficience des marchés (Efficient Market Hypothesis), formalisée par Eugene Fama dans son article de 1970. Fama y définit l'hypothèse d'efficience comme l'idée que les prix des titres reflètent, à tout moment, l'intégralité de l'information disponible, et distingue trois formes d'efficience : la forme faible (les cours passés ne permettent pas de prédire les cours futurs), la forme semi-forte (toute information publique est immédiatement intégrée) et la forme forte (même l'information privée serait intégrée). Cette théorie vaut à Eugene Fama une part du prix Nobel d'économie de 2013, partagé avec Lars Peter Hansen et Robert Shiller — ce dernier étant précisément connu pour ses travaux critiques sur l'irrationalité observable des marchés, signe que le débat reste activement disputé.
4.2 La finance comportementale : un contrepoint
Le principal courant qui conteste la théorie de l'efficience des marchés est la finance comportementale, s'appuyant sur les travaux de Daniel Kahneman et Amos Tversky sur les biais cognitifs. L'existence documentée de phénomènes tels que la tulipomanie (1636-1637) ou les krachs boursiers récurrents constitue, aux yeux des tenants de la finance comportementale, une preuve empirique que les marchés ne se comportent pas toujours conformément aux prédictions de l'efficience stricte — un débat non tranché entre les deux écoles.
4.3 Le débat sur le trading haute fréquence et la financiarisation
Le développement du trading haute fréquence alimente un débat institutionnel et académique non résolu. Les partisans soulignent la réduction des écarts entre cours acheteur et vendeur et l'accroissement de la liquidité. Ses critiques pointent un risque accru d'instabilité soudaine — illustré par plusieurs épisodes de « flash crash » depuis les années 2010 — ainsi qu'une asymétrie d'accès à l'information entre grands acteurs institutionnels et marchés de capitaux moins développés, dont beaucoup de places africaines.
4.4 L'intégration des marchés financiers africains : promesses et obstacles
L'avenir de l'intégration des marchés boursiers africains est marqué par plusieurs obstacles structurels : la fragmentation réglementaire entre juridictions nationales, la faible profondeur de marché de plusieurs bourses, et la persistance de coûts de transaction transfrontaliers élevés. Certains observateurs plaident pour une bourse panafricaine unique, sur le modèle de la BRVM régionale ; d'autres considèrent que le modèle d'interconnexion technique sans fusion institutionnelle représente une voie plus réaliste à moyen terme.
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V. Synthèse méthode Sankofa
L'image simple à retenir. Imaginez une place de village qui, siècle après siècle, change de nom sans jamais changer de fonction : un marché hebdomadaire ouest-africain où l'on troque le sel contre l'or selon un calendrier fixe ; une auberge brugeoise où des marchands italiens viennent demander conseil à une famille dont le blason porte trois bourses ; une cour ouverte amstellodamoise où l'on revend, faute de pouvoir se faire rembourser, une part de compagnie des Indes ; un café londonien enfumé où un courtier affiche à la craie le « cours de l'échange » ; un platane de Wall Street sous lequel vingt-quatre hommes se promettent de ne négocier qu'entre eux ; une tente de mineur à Johannesburg où l'on s'échange des actions de concessions aurifères ; et, aujourd'hui, un écran d'ordinateur à Abidjan permettant d'acheter, en un clic, une action cotée à Lagos, au Caire ou à Nairobi. À chaque étape, la même fonction se réinvente : mettre en relation, à distance et dans la durée, celui qui a besoin de capital et celui qui souhaite le lui confier contre la promesse — négociable — d'un partage futur des gains ou des pertes.
Croquis conceptuel à décrire. Une ligne temporelle horizontale portant huit repères : « 1285 » (Beurze de Bruges, origine du mot) ; « 1372 » (Moulins du Bazacle, Toulouse, première société par actions négociables documentée) ; « 1531 » (Bourse d'Anvers, premier édifice dédié) ; « 1602-1611 » (Amsterdam, VOC, première bourse moderne au sens strict) ; « 1698-1801 » (Londres, de Jonathan's Coffee House au LSE régulé) ; « 1792 » (Buttonwood Agreement, New York) ; « 1883-1961 » (vague des bourses africaines : Alexandrie, Johannesburg, Casablanca, Nairobi, Lagos) ; « 1986-2022 » (Big Bang de Londres, électronisation mondiale, puis AELP). Sous la ligne, deux flèches convergentes : l'une partant d'Europe occidentale vers l'Amérique du Nord puis vers le monde entier par l'électronisation ; l'autre partant des marchés hebdomadaires ouest-africains précoloniaux vers les bourses coloniales du Caire et de Johannesburg, puis vers les bourses des indépendances, puis vers l'intégration régionale (BRVM) et continentale (AELP). Les deux flèches se rejoignent, au XXIe siècle, dans une seule plateforme électronique interconnectée reliant sept bourses africaines à plus de mille valeurs cotées.
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Bibliographie
Sources primaires
- Al-Bakri, Abu Ubayd (1068). Kitab al-Masalik wa'l-Mamalik (Livre des routes et des royaumes). - Bourquelot, Félix (1865). Études sur les foires de Champagne. Paris : Imprimerie nationale. - Charte fondatrice de la Société des moulins du Bazacle (1372), Toulouse. - États généraux des Provinces-Unies (1602). Charte de constitution de la VOC. - Fama, Eugene F. (1970). « Efficient Capital Markets ». The Journal of Finance, vol. 25, n°2, p. 383-417.
Ouvrages académiques et articles scientifiques
- Fama, Eugene F. (1965). « The Behavior of Stock-Market Prices ». The Journal of Business, vol. 38, n°1, p. 34-105. - Garber, Peter M. (1989). « Tulipmania ». Journal of Political Economy, vol. 97, n°3, p. 535-560. - Gelderblom, Oscar et Jonker, Joost (2004). « Completing a Financial Revolution ». The Journal of Economic History, vol. 64, n°3, p. 641-672. - Michie, Ranald C. (1999). The London Stock Exchange: A History. Oxford : Oxford University Press. - Michie, Ranald C. (2006). The Global Securities Market: A History. Oxford : Oxford University Press. - Samuelson, Paul A. (1965). « Proof That Properly Anticipated Prices Fluctuate Randomly ». Industrial Management Review, vol. 6, n°2, p. 41-49. - Verhoef, Grietjie (2017). « From Diamonds to Gold ». Journal of Southern African Studies, vol. 43, n°4, p. 733-753.
Rapports institutionnels et textes réglementaires
- Association des Bourses Africaines (ASEA) et Banque africaine de développement (2022). African Exchanges Linkage Project (AELP) — Phase 1, 18 novembre 2022. - Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM) (1996-1998). Actes constitutifs, Cotonou, 18 décembre 1996. - Bourse de Casablanca (1929, réf. 1948, 1967, 1993). Historique institutionnel. - Johannesburg Stock Exchange / JSE Group (1887). Documentation historique de fondation, 8 novembre 1887. - Lagos Stock Exchange / Nigerian Exchange Group (1960-1961, 1977). Mémorandum d'association constitutif, 15 septembre 1960. - Nairobi Securities Exchange (1954). Enregistrement sous le Societies Act, 1er juillet 1954. - Royal Swedish Academy of Sciences (2013). The Prize in Economic Sciences 2013. Stockholm.
Presse et ressources en ligne
- Banque nationale de Belgique, Musée (NBB Museum). « The origins of the stock exchange ». https://museum.nbb.be/ - Beursgeschiedenis.nl (2002). « 400 years: the story ». https://www.beursgeschiedenis.nl/en/the-story/ - Citéco — Cité de l'économie (Banque de France). « Création de la première société par actions ». https://www.citeco.fr/ - History.com. « The Real Story Behind the 17th-Century 'Tulip Mania' Financial Crash ». - LSEG (London Stock Exchange Group). « History ». https://www.lseg.com/en/about-us/history - New York Stock Exchange (NYSE). « The History of NYSE ». https://www.nyse.com/history-of-nyse - South African History Online. « The Johannesburg Stock Exchange is established ». https://sahistory.org.za/ - The Low Countries (2021-2023). « The Handelsbeurs in Antwerp, the World's First Stock Exchange ».
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Article rédigé pour Sankofa Finance, rubrique Marchés et Bourses (sous-chapitre 1/9).
Bibliographie
- ### Sources primaires
- Al-Bakri, Abu Ubayd (1068). *Kitab al-Masalik wa'l-Mamalik* (Livre des routes et des royaumes).
- Bourquelot, Félix (1865). *Études sur les foires de Champagne, sur la nature, l'étendue et les règles du commerce qui s'y faisait aux XIIe, XIIIe et XIVe siècles*. Paris : Imprimerie nationale.
- Charte fondatrice de la Société des moulins du Bazacle (1372), Toulouse — archives municipales et départementales de la Haute-Garonne.
- États généraux des Provinces-Unies (1602). Charte de constitution de la Verenigde Oostindische Compagnie (VOC).
- Fama, Eugene F. (1970). « Efficient Capital Markets: A Review of Theory and Empirical Evidence ». *The Journal of Finance*, vol. 25, n°2, p. 383-417.
- Illustrated London News (1844). Gravure et description de la Bourse d'Anvers, vol. V.
- ### Ouvrages académiques et articles scientifiques
- Fama, Eugene F. (1965). « The Behavior of Stock-Market Prices ». *The Journal of Business*, vol. 38, n°1, p. 34-105.
- Garber, Peter M. (1989). « Tulipmania ». *Journal of Political Economy*, vol. 97, n°3, p. 535-560.
- Gelderblom, Oscar et Jonker, Joost (2004). « Completing a Financial Revolution: The Finance of the Dutch East India Trade and the Rise of the Amsterdam Capital Market, 1595-1612 ». *The Journal of Economic History*, vol. 64, n°3, p. 641-672.
- Hudson, Michael (2000). « How Interest Rates Were Set, 2500 BC – 1000 AD ». *Journal of the Economic and Social History of the Orient*, vol. 43, n°2, p. 132-161.
- Michie, Ranald C. (1999). *The London Stock Exchange: A History*. Oxford : Oxford University Press.
- Michie, Ranald C. (2006). *The Global Securities Market: A History*. Oxford : Oxford University Press.
- Samuelson, Paul A. (1965). « Proof That Properly Anticipated Prices Fluctuate Randomly ». *Industrial Management Review*, vol. 6, n°2, p. 41-49.
- Sylla, Richard et Smith, George David (1995). « Information and Capital Market Regulation in Anglo-American Finance ». Homewood (Illinois) : Business One Irwin.
- Verhoef, Grietjie (2017). « From Diamonds to Gold: The Making of the Johannesburg Stock Exchange, 1880-1890 ». *Journal of Southern African Studies*, vol. 43, n°4, p. 733-753.
- ### Rapports institutionnels et textes réglementaires
- Association des Bourses Africaines (ASEA) et Banque africaine de développement (2022). *African Exchanges Linkage Project (AELP) — Phase 1*.
- Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM) (1996-1998). Actes constitutifs, Cotonou, 18 décembre 1996.
- Bourse de Casablanca (1929, réf. 1948, 1967, 1993). Historique institutionnel.
- Johannesburg Stock Exchange / JSE Group (1887). Documentation historique de fondation, 8 novembre 1887.
- Lagos Stock Exchange / Nigerian Exchange Group (1960-1961, 1977). Mémorandum d'association constitutif, 15 septembre 1960.
- Nairobi Securities Exchange (1954). Enregistrement sous le Societies Act, 1er juillet 1954.
- Royal Swedish Academy of Sciences (2013). *The Prize in Economic Sciences 2013 — Scientific Background: Understanding Asset Prices*. Stockholm.
- Zimbabwe Stock Exchange (1946). Documentation historique.
- ### Presse et ressources en ligne
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- Beursgeschiedenis.nl (2002). « 400 years: the story ». https://www.beursgeschiedenis.nl/en/the-story/
- Brussels Times (2021-2022). « How Belgium created and almost lost the world's first stock exchange ».
- Citéco — Cité de l'économie (Banque de France). « Création de la première société par actions ». https://www.citeco.fr/
- History.com. « The Real Story Behind the 17th-Century 'Tulip Mania' Financial Crash ».
- LSEG (London Stock Exchange Group). « History ». https://www.lseg.com/en/about-us/history
- New York Stock Exchange (NYSE). « The History of NYSE ». https://www.nyse.com/history-of-nyse
- South African History Online. « The Johannesburg Stock Exchange is established ». https://sahistory.org.za/
- The Low Countries (2021-2023). « The Handelsbeurs in Antwerp, the World's First Stock Exchange ».
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- *Article rédigé pour Sankofa Finance, rubrique Marchés et Bourses (sous-chapitre 1/9).*