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Marchés secondaires : l'histoire de la négociation et de la liquidité des titres

Si le marché primaire est le guichet par lequel l'argent frais passe de l'investisseur à l'émetteur, le marché secondaire est l'espace — historiquement un lieu physique, aujourd'hui une infrastructure électronique — où les titres déjà émis s'échangent librement entre investisseurs, longtemps après leur émission initiale. C'est sur le marché secondaire que se détermine, au quotidien, la valorisation d'une entreprise cotée ou d'une dette souveraine, et c'est la profondeur de ce marché — sa capacité à absorber des ordres d'achat et de vente sans faire varier significativement les prix — qui définit ce qu'on appelle la liquidité d'un titre. Sans marché secondaire liquide, le marché primaire lui-même perd de son attrait : pourquoi souscrire à une émission initiale si l'on sait qu'il sera difficile, voire impossible, de revendre sa part lorsqu'on en aura besoin ?

Publié le 09 septembre 2026

# Marchés secondaires : l'histoire de la négociation et de la liquidité des titres

Rubrique Marchés et Bourses — Sankofa Finance | Sous-chapitre 3/9

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Introduction

Si le marché primaire est le guichet par lequel l'argent frais passe de l'investisseur à l'émetteur, le marché secondaire est l'espace — historiquement un lieu physique, aujourd'hui une infrastructure électronique — où les titres déjà émis s'échangent librement entre investisseurs, longtemps après leur émission initiale. C'est sur le marché secondaire que se détermine, au quotidien, la valorisation d'une entreprise cotée ou d'une dette souveraine, et c'est la profondeur de ce marché — sa capacité à absorber des ordres d'achat et de vente sans faire varier significativement les prix — qui définit la liquidité d'un titre.

Sans marché secondaire liquide, le marché primaire lui-même perd de son attrait : pourquoi souscrire à une émission initiale si l'on sait qu'il sera difficile de revendre sa part lorsqu'on en aura besoin ? Cette interdépendance entre les deux marchés, souvent sous-estimée, est au cœur de l'histoire de l'institution boursière depuis ses origines amstellodamoises de 1602.

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I. Origines : le marché secondaire avant la bourse

1.1 Le marché secondaire informel avant 1602

Les premiers marchés secondaires de titres précèdent de loin la création de la VOC (1602). Dans les cités-États italiennes du bas Moyen Âge, des titres de dette publique (les prestiti vénitiens ou les luoghi génois) s'échangeaient entre particuliers sur des marchés informels, organisés par des intermédiaires appelés sensali (courtiers). La liquidité de ces marchés restait cependant limitée par l'étroitesse du cercle des participants.

En France, les rentes sur l'Hôtel de Ville de Paris, créées dès 1522, s'échangeaient elles aussi de gré à gré entre particuliers, sans lieu ni infrastructure dédiée. Le marché secondaire des rentes françaises reste ainsi, pendant plusieurs siècles, un marché de gré à gré (over-the-counter) plutôt qu'un marché organisé — une distinction qui demeure fondamentale dans la microstructure des marchés financiers contemporains.

1.2 La VOC et la naissance du marché secondaire organisé (1602-1611)

Comme présenté dans l'article consacré aux marchés primaires, la spécificité de la VOC réside dans le caractère permanent de son capital : les investisseurs ne pouvant se faire rembourser par la compagnie, la revente à un tiers devient la seule voie de sortie. C'est cette contrainte technique qui fait émerger, dès les mois qui suivent la souscription d'août 1602, un marché secondaire continu d'actions VOC à Amsterdam. En 1611, un édifice dédié — la Bourse d'Amsterdam, conçue par l'architecte Hendrick de Keyser — accueille ce marché. Ce marché secondaire amstellodamois des années 1610-1650 est généralement présenté par les historiens financiers comme le premier marché secondaire organisé et continu de titres représentant la propriété fractionnée d'une entreprise.

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II. Institutionnalisation (XVIIe-XIXe siècle)

2.1 Londres : de Jonathan's Coffee House au London Stock Exchange (1698-1801)

À Londres, la négociation secondaire de titres s'organise progressivement autour de Jonathan's Coffee House, en activité dès 1680. En 1698, John Castaing y publie The Course of the Exchange and Other Things, première liste régulière de cours de marché publiée à Londres. En 1773, le club de courtiers fonde son propre bâtiment, baptisé « The Stock Exchange ». La régulation formelle n'intervient qu'en 1801, avec un système d'adhésion payante et un règlement écrit.

2.2 New York : le NYSE et la Buttonwood Agreement (1792)

Le Buttonwood Agreement (17 mai 1792) crée les bases du marché secondaire new-yorkais : les vingt-quatre signataires s'engagent à négocier exclusivement entre eux, avec une commission fixe d'un quart de pour cent. Le nom de « New York Stock Exchange » n'est adopté qu'en 1863.

2.3 Le XIXe siècle : multiplication des bourses et développement du télégraphe

Le XIXe siècle voit la multiplication des bourses de valeurs dans les grandes villes industrielles d'Europe et d'Amérique du Nord, portées par les besoins de financement des chemins de fer et de l'industrie lourde. Le développement du télégraphe électrique, à partir des années 1840, constitue une rupture technologique fondamentale pour les marchés secondaires : il permet, pour la première fois, la transmission quasi instantanée des cours entre places financières éloignées, réduisant drastiquement les possibilités d'arbitrage géographique que permettait auparavant l'écart de temps entre la transmission de l'information par courrier ou messager.

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III. Époque contemporaine : marchés secondaires africains

3.1 La Bourse d'Alexandrie et la JSE : les doyennes africaines

La Bourse d'Alexandrie, établie en 1883, constitue le premier marché secondaire organisé africain documenté — antérieure à la Bourse de Johannesburg (JSE), fondée en 1887. Sur ces deux places, le marché secondaire a d'abord été dominé par des titres du secteur primaire (coton pour Alexandrie, or et mines pour Johannesburg), avant de se diversifier progressivement.

3.2 La BRVM : un marché secondaire régional mutualisé (1998)

La BRVM, opérationnelle depuis le 16 septembre 1998, est le seul marché secondaire d'actions commun à huit pays (UEMOA) en Afrique. Cette mutualisation régionale est une réponse directe à la faiblesse de la liquidité que connaîtrait chaque marché national s'il opérait isolément : en regroupant les titres de huit juridictions sur une plateforme unique, la BRVM crée artificiellement la profondeur de marché qu'aucune bourse nationale de la sous-région n'aurait pu atteindre seule.

3.3 L'AELP : vers l'interconnexion continentale (2022)

Le Projet d'interconnexion des bourses africaines (AELP), mis en service le 18 novembre 2022, relie sept places boursières africaines (BRVM, Casablanca, EGX, JSE, NSE, NGX, SEM) sur une plateforme technique commune, permettant à un investisseur de négocier un portefeuille de plus de mille valeurs via un point d'accès unique. Cette initiative constitue à ce jour l'avancée la plus concrète vers un marché secondaire panafricain intégré.

3.4 Le Big Bang de Londres (1986) et l'électronisation

Le 27 octobre 1986, le « Big Bang » londonien abolit les frontières entre teneurs de marché et courtiers, supprime les commissions fixes et autorise les groupes étrangers à acquérir des sociétés de courtage britanniques. La bascule vers la négociation électronique via le système SEAQ (Stock Exchange Automated Quotation) est quasi immédiate, marquant le début d'une électronisation mondiale des marchés secondaires qui transforme structurellement le métier boursier.

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IV. Enjeux, courants de pensée et futurs possibles

4.1 La liquidité comme bien public

La liquidité d'un marché secondaire — sa capacité à permettre l'exécution d'ordres d'achat ou de vente sans déplacer significativement les prix — est souvent présentée par les économistes financiers comme un bien quasi public : elle bénéficie à tous les participants du marché, mais ne peut être produite efficacement que si le nombre de participants est suffisamment élevé pour générer des échanges continus. Cette propriété explique pourquoi les marchés secondaires ont historiquement tendance à se concentrer : il est dans l'intérêt de chaque investisseur de négocier là où les autres investisseurs sont déjà présents, ce qui crée des effets de réseau puissants favorisant la concentration des échanges sur un petit nombre de places dominantes.

4.2 Le trading haute fréquence et la liquidité apparente

L'essor du trading haute fréquence depuis les années 2000 a profondément modifié la nature de la liquidité sur les marchés secondaires électroniques. Les algorithmes de market-making automatisé maintiennent des fourchettes acheteur-vendeur très étroites sur les principales valeurs, donnant l'apparence d'une liquidité abondante ; mais plusieurs épisodes de « flash crash » (notamment le Flash Crash du 6 mai 2010 sur les marchés américains) ont montré que cette liquidité algorithmique peut s'évaporer instantanément en période de stress, laissant le marché sans acheteurs à des moments précisément où les vendeurs ont le plus besoin de liquidité.

4.3 La fragmentation des marchés secondaires africains

La principale faiblesse structurelle des marchés secondaires africains reste leur fragmentation en une quarantaine de bourses nationales dont beaucoup n'ont qu'une liquidité très limitée. Le projet AELP (2022) constitue une réponse partielle à cette fragmentation, mais ne résout pas les obstacles réglementaires, fiscaux et de change qui freinent les échanges transfrontaliers de titres sur le continent.

4.4 Futurs possibles

Plusieurs évolutions sont documentées : la tokenisation des actifs (représentation de titres sous forme de jetons numériques sur une blockchain), susceptible de faciliter le règlement-livraison transfrontalier et de réduire les coûts d'intermédiation ; l'extension de l'AELP à de nouvelles places boursières africaines ; et le développement de marchés secondaires obligataires en monnaie locale, permettant aux investisseurs institutionnels locaux d'arbitrer entre différents titres de dette souveraine africaine.

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V. Synthèse méthode Sankofa

L'image simple à retenir. Le marché secondaire, c'est le marché de l'occasion : les titres qui y s'échangent ont déjà été « neufs » (émis sur le marché primaire), et leur vente ne fait plus entrer d'argent chez l'émetteur. Mais sans ce marché de l'occasion, personne ne voudrait acheter neuf : la promesse de pouvoir revendre est la condition même pour que quelqu'un accepte d'acheter. La liquidité du marché secondaire est donc, paradoxalement, la condition d'existence du marché primaire — et c'est pourquoi l'histoire des deux marchés ne peut se raconter séparément.

Croquis conceptuel. Une ligne du temps de 1602 à 2026, avec deux niveaux superposés : en haut, les marchés primaires (VOC 1602, BdA 1694, Safaricom 2008) ; en bas, les marchés secondaires qui leur correspondent (Bourse d'Amsterdam 1611, London Stock Exchange 1801, NSE 1954, AELP 2022). Une flèche bidirectionnelle entre les deux niveaux illustre l'interdépendance : la liquidité secondaire conditionne l'attractivité primaire, et les nouvelles émissions primaires alimentent le vivier de titres négociables sur le secondaire.

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Article rédigé pour Sankofa Finance, rubrique Marchés et Bourses, sous-chapitre 3/9.

Bibliographie

  • Michie, Ranald C. (1999). *The London Stock Exchange: A History*. Oxford University Press.
  • Michie, Ranald C. (2006). *The Global Securities Market: A History*. Oxford University Press.
  • Fama, Eugene F. (1970). « Efficient Capital Markets ». *The Journal of Finance*, vol. 25, n°2.
  • Verhoef, Grietjie (2017). « From Diamonds to Gold ». *Journal of Southern African Studies*, vol. 43, n°4.
  • Association des Bourses Africaines (ASEA) et BAD (2022). *African Exchanges Linkage Project (AELP)*.
  • Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM). Historique, brvm.org.