ÉconomieMicroéconomie

Histoire de la microéconomie : théorie du prix, du marché et de la décision individuelle, de l'Antiquité à nos jours

Du Code d'Hammourabi (v. 1754 av. J.-C.) aux algorithmes de prix des plateformes, en passant par les marchés de Kano et Tombouctou, l'école de Salamanque, les ciseaux de Marshall et l'économie comportementale : généalogie chronologique de la microéconomie, théorie du prix, du marché et de la décision individuelle.

Publié le 27 août 2026

Introduction

La microéconomie est la branche de la science économique qui étudie les décisions des agents individuels — un ménage, une entreprise, un marchand — et la manière dont ces décisions se coordonnent sur un marché pour former un prix. Contrairement à la macroéconomie, discipline dont le nom naît au XXe siècle, la microéconomie plonge ses racines dans l'Antiquité : bien avant qu'existe le mot, des juristes, des philosophes, des administrateurs et des marchands ont cherché à comprendre pourquoi une chose vaut ce qu'elle vaut, et comment un échange s'établit entre deux volontés.

Trois repères permettent de mesurer cette ancienneté. L'Économique de Xénophon (v. 430 – v. 354 av. J.-C.), rédigé après 362 av. J.-C., propose la première réflexion écrite conservée sur la gestion rationnelle d'un patrimoine et sur la division des tâches. Aristote (384-322 av. J.-C.), dans la Politique (v. 350 av. J.-C.) et l'Éthique à Nicomaque (v. 340-330 av. J.-C.), distingue la valeur d'usage de la valeur d'échange — distinction que reprendront, plus de deux mille ans plus tard, Smith puis Marx. Enfin Ibn Khaldoun (1332-1406) achève en novembre 1377, à Tunis, sa Muqaddima, où il expose un raisonnement explicite sur la formation des prix par la rareté et l'abondance.

Cet article retrace cette généalogie sur plus de trente-cinq siècles, du Code d'Hammourabi (v. 1754 av. J.-C.) à la théorie des jeux de von Neumann et Morgenstern (1944) et à l'économie comportementale, en accordant aux institutions marchandes ouest-africaines documentées la même place qu'aux traditions européennes : l'empire du Ghana décrit par al-Bakri (1067-1068), l'empire du Mali visité par Ibn Battuta (1352-1353), les cités-États haoussa et le marché Kurmi de Kano sous Muhammad Rumfa (1463-1499), le royaume du Dahomey et le port d'Ouidah (1727-1892).

I. Antiquité — fixer les prix avant de les penser (avant 476 apr. J.-C.)

1.1 Mésopotamie : le prix par décret (v. 1754 av. J.-C.)

Le Code d'Hammourabi, gravé vers 1754 av. J.-C. à Babylone (Irak actuel) sur une stèle de basalte noir aujourd'hui conservée au musée du Louvre (inv. Sb 8), ne théorise pas le prix : il le fixe. Le texte établit par décret des salaires et des tarifs — de l'ordre de cinq grains d'argent par jour pour un tailleur, huit gur de grain par an pour un ouvrier agricole — ainsi que des prix de location de bêtes et d'outils. C'est la première trace écrite massive d'une administration qui considère le prix comme un objet de gouvernement, et non comme le résultat d'une négociation libre.

1.2 Égypte ancienne : mesurer la valeur en cuivre (v. 1550-1080 av. J.-C.)

Sur le site de Deir el-Medineh, village des artisans de la nécropole thébaine (près de Louxor), les ostraca et papyri du Nouvel Empire livrent des milliers de transactions chiffrées en deben de cuivre, unité de compte servant à comparer des biens sans monnaie frappée. C'est aussi là qu'est documentée, sous Ramsès III vers 1157 av. J.-C., la première grève connue de l'histoire : des ouvriers cessent le travail faute de livraison des rations promises. Le conflit sur la rémunération précède de très loin la théorie du salaire.

1.3 Grèce classique : Xénophon et la division du travail

Xénophon, général et écrivain athénien, rédige l'Économique après 362 av. J.-C., pendant son exil dans le Péloponnèse. Il y observe que le travail spécialisé produit une qualité supérieure au travail polyvalent — dans les grandes villes, note-t-il, un artisan ne fait que des chaussures d'homme, un autre que des chaussures de femme. L'argument sera repris, dix-huit siècles plus tard, par Adam Smith avec l'exemple de la manufacture d'épingles.

1.4 Aristote : valeur d'usage, valeur d'échange, chrématistique

Aristote distingue l'usage propre d'un bien (chausser une sandale) de son usage second (l'échanger). Cette dualité valeur d'usage / valeur d'échange devient l'un des axes structurants de la pensée économique. Il condamne par ailleurs la chrématistique, l'accumulation d'argent pour lui-même, opposée à l'oikonomia, gestion mesurée de la maison — jugement moral qui pèsera sur la scolastique médiévale et sur la doctrine du juste prix.

1.5 Le « commerce silencieux » : une source à manier avec prudence

Hérodote, dans les Histoires (Livre IV, v. 440-430 av. J.-C.), rapporte un échange sans parole entre marchands carthaginois et populations d'Afrique de l'Ouest : dépôt des marchandises sur la plage, dépôt d'or en réponse, retrait successif jusqu'à l'accord. Le récit est souvent cité comme la première description d'une formation de prix par ajustement réciproque. L'historiographie contemporaine (notamment dans History in Africa, Cambridge) tient le motif pour un topos littéraire répété d'auteur en auteur, dont l'attestation empirique reste discutée. Il faut le lire comme une représentation ancienne du marchandage, non comme un fait établi.

II. Moyen Âge — justice du prix, or africain et valeur subjective (Ve siècle – 1789)

2.1 Thomas d'Aquin et le juste prix (1265-1274)

Dans la Somme théologique (IIa-IIae, q. 77), Thomas d'Aquin traite de la fraude dans la vente et formule la doctrine du justum pretium. Le juste prix n'y est pas un tarif fixé d'autorité mais l'estimation commune du marché à un lieu et à un moment donnés : une première reconnaissance, encadrée par la morale, du prix comme fait social collectif.

2.2 Empire du Ghana : la fiscalité du sel selon al-Bakri (1067-1068)

Le géographe andalou al-Bakri, écrivant depuis Cordoue en 1067-1068 dans le Kitab al-masalik wa-l-mamalik, décrit la fiscalité du royaume de Ghana, dont la capitale est identifiée à Koumbi Saleh (Mauritanie actuelle) : un dinar d'or perçu sur chaque charge de sel entrant, deux dinars sur chaque charge sortante. Cette taxation différenciée à l'entrée et à la sortie suppose une compréhension fine des flux commerciaux et de l'élasticité des marchands à la fiscalité.

2.3 Empire du Mali : cauris, marchés et manuscrits

Ibn Battuta, qui séjourne au Mali en 1352-1353 et rapporte son voyage dans la Rihla, décrit des marchés organisés, l'usage du cauri comme monnaie divisionnaire et la sécurité des routes commerciales. Un siècle et demi plus tard, Léon l'Africain (Description de l'Afrique, publiée à Rome en 1550) décrit Tombouctou sous l'empire Songhaï : le commerce des manuscrits y est, écrit-il, parmi les plus profitables, aux côtés du sel extrait de Taghaza puis de Taoudenni.

2.4 Cités-États haoussa : le marché Kurmi de Kano (1463-1499)

Sous le règne de Muhammad Rumfa (1463-1499), le marché Kurmi de Kano (Nigeria actuel) est organisé en corporations de marchands, avec régulation des emplacements, arbitrage des litiges et fiscalité du négoce. La kola importée du pays gonja (Ghana actuel) y circule contre le sel saharien et les textiles : un système de prix relatifs à l'échelle régionale, administré par une autorité urbaine.

2.5 Ibn Khaldoun : rareté, abondance et prix (novembre 1377)

Dans la Muqaddima, achevée à Tunis en novembre 1377, Ibn Khaldoun explique que les prix des denrées baissent dans les grandes villes bien approvisionnées et montent là où l'offre est rare, et qu'un prix trop bas ruine le producteur tandis qu'un prix trop haut décourage l'acheteur. C'est l'un des exposés pré-modernes les plus explicites du mécanisme d'offre et de demande.

> Note d'intégrité éditoriale. Ibn Khaldoun est cité dans cet article pour sa contribution documentée à l'histoire de la pensée économique. Par souci d'honnêteté envers nos lectrices et lecteurs, la rédaction de Sankofa Finance signale qu'il écrit par ailleurs, dans un passage largement documenté de la même Muqaddima (1377 ; traduction de référence : Franz Rosenthal, The Muqaddimah: An Introduction to History, Bollingen Series XLIII, 1958), que « les nations nègres sont, en règle générale, soumises à l'esclavage, parce qu'[les Noirs] ont peu de ce qui est essentiellement humain et possèdent des caractéristiques assez semblables à celles des animaux stupides » — une justification explicite de l'esclavage racial, abondamment étudiée et citée par les historiens (voir notamment Bernard Lewis, Race and Slavery in the Middle East, Oxford University Press, 1990 ; Chouki El Hamel, Black Morocco: A History of Slavery, Race, and Islam, Cambridge University Press, 2013). Ailleurs dans son œuvre, Ibn Khaldoun rejette la légende dite de la « malédiction de Cham » comme explication biologique de la couleur de peau, préférant une explication climatique — une position que les spécialistes jugent elle-même contradictoire avec le passage ci-dessus, la cohérence de sa pensée sur cette question restant un débat académique non tranché. Sankofa Finance encourage vivement ses lectrices et lecteurs à approfondir cette question par leurs propres recherches plutôt que de s'en tenir à un seul résumé, y compris le nôtre.

2.6 École de Salamanque : la valeur naît de l'estimation (1565)

Les théologiens juristes de Salamanque déplacent le fondement de la valeur du coût vers le jugement humain. Diego de Covarrubias y Leyva, dans les Variarum resolutionum libri III (Salamanque, 1565), écrit que la valeur d'un bien dépend de l'estimation qu'en font les hommes, et non d'une qualité intrinsèque. La formulation précède de 306 ans la révolution marginaliste de 1871.

III. Époque contemporaine — la construction de la science des prix

3.1 Adam Smith (1776)

Dans les Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations (Londres, 1776), Adam Smith (1723-1790) ouvre sur la manufacture d'épingles : dix ouvriers spécialisés produisent ce qu'un seul ne produirait jamais. Il y associe la métaphore de la main invisible — la poursuite de l'intérêt particulier concourant, sous conditions, à l'intérêt général.

3.2 Les physiocrates et le Tableau économique (1758)

François Quesnay (1694-1774) publie en décembre 1758 son Tableau économique (éditions révisées en 1759), première représentation chiffrée de la circulation des flux entre classe productive, classe stérile et propriétaires fonciers. C'est l'ancêtre direct des tableaux entrées-sorties.

3.3 Say et Ricardo : débouchés et valeur-travail

Jean-Baptiste Say (1767-1832), dans le Traité d'économie politique (1803), formule la loi des débouchés. David Ricardo (1772-1823), dans On the Principles of Political Economy and Taxation (1817), systématise la théorie de la valeur-travail et la rente différentielle, cinquante ans avant Le Capital de Marx (1867).

3.4 Cournot : la première modélisation mathématique (1838)

Antoine Augustin Cournot (1801-1877) publie en 1838 les Recherches sur les principes mathématiques de la théorie des richesses : fonction de demande, monopole, et surtout le premier modèle de duopole avec ajustement des quantités. Ignoré de son temps, il devient une pièce maîtresse de la théorie des jeux appliquée aux marchés.

3.5 Gossen : l'utilité marginale décroissante (1854)

Hermann Heinrich Gossen (1810-1858) énonce en 1854, dans l'Entwickelung der Gesetze des menschlichen Verkehrs, les lois de l'utilité marginale décroissante et de l'égalisation des utilités marginales pondérées. L'ouvrage est un échec commercial ; Jevons le redécouvre en 1878, vingt ans après la mort de l'auteur.

3.6 La révolution marginaliste (1871-1874)

Trois auteurs formulent presque simultanément, sans se connaître, le principe de la valeur par l'utilité marginale : William Stanley Jevons (The Theory of Political Economy, 1871), Carl Menger (Grundsätze der Volkswirtschaftslehre, Vienne, 1871, acte fondateur de l'école autrichienne) et Léon Walras (Éléments d'économie politique pure, Lausanne, 1874), qui construit le premier modèle d'équilibre général.

3.7 Marshall : les ciseaux de l'offre et de la demande (1890)

Alfred Marshall (1842-1924), dans les Principles of Economics (1890), synthétise coût de production et utilité : le prix est déterminé par les deux lames des « ciseaux » — offre et demande. Il introduit l'élasticité, le surplus du consommateur et la distinction entre courte et longue période.

3.8 Dahomey : le monopole royal du commerce extérieur (1727-1892)

En 1727, le roi Agaja du Dahomey conquiert Whydah et fait du port d'Ouidah (Bénin actuel) le débouché maritime du royaume. La couronne y organise un monopole d'État sur le commerce extérieur : agents royaux, tarification administrée, contrôle des intermédiaires. Ce régime perdure jusqu'à la conquête coloniale française de 1892-1894 et constitue un cas documenté de marché entièrement encadré par l'autorité politique.

3.9 Edgeworth et Pareto : courbes d'indifférence et optimum

Francis Ysidro Edgeworth publie Mathematical Psychics (1881), où apparaissent les courbes d'indifférence et la boîte d'échange qui porte son nom. Vilfredo Pareto, dans le Manuale di economia politica (1906), abandonne l'utilité cardinale au profit de l'utilité ordinale et définit l'optimum de Pareto, critère d'efficacité toujours central.

3.10 Concurrence imparfaite : la découverte simultanée de 1933

La même année, Edward Chamberlin (The Theory of Monopolistic Competition) et Joan Robinson (The Economics of Imperfect Competition) publient deux ouvrages indépendants qui font éclater le cadre de la concurrence pure : différenciation des produits, pouvoir de marché, monopsone.

3.11 Coase : pourquoi les firmes existent (novembre 1937)

Ronald Coase (1910-2013) publie en novembre 1937, dans Economica, « The Nature of the Firm » : si le marché coordonne efficacement, pourquoi des entreprises internalisent-elles la production ? Réponse : parce que recourir au marché a un coût — chercher, négocier, contracter, contrôler. La notion de coût de transaction lui vaut le prix Nobel en 1991.

3.12 Théorie des jeux et décision dans l'incertitude (1738-1951)

John von Neumann et Oskar Morgenstern publient en 1944 la Theory of Games and Economic Behavior, qui fonde la théorie des jeux et axiomatise l'utilité espérée, prolongeant le Specimen Theoriae Novae de Mensura Sortis de Daniel Bernoulli (Saint-Pétersbourg, 1738) et son paradoxe. John Nash formule en 1950-1951 l'équilibre qui porte son nom, appliqué aujourd'hui aux enchères, à la régulation et à la stratégie industrielle.

3.13 Arrow et Debreu : la démonstration de l'équilibre général (1954)

Kenneth Arrow et Gérard Debreu publient en 1954, dans Econometrica (travaux menés à la Cowles Commission, Yale), la preuve mathématique de l'existence d'un équilibre concurrentiel. Arrow reçoit le Nobel en 1972, Debreu en 1983. Le programme walrasien atteint là sa forme achevée — et ses limites deviennent visibles.

3.14 Les marchandes yoruba et le titre d'Iyalode

Dans les royaumes yoruba précoloniaux (Nigeria actuel), la régulation des marchés relève d'une autorité féminine institutionnalisée : l'Iyalode, littéralement « mère du dehors », représente les femmes au conseil du souverain et arbitre les différends commerciaux ; l'Iyaloja préside le marché lui-même. Cette gouvernance marchande, documentée par l'ethnographie et l'histoire urbaine (Mabogunje, Yoruba Towns, 1962), rappelle que l'organisation des marchés n'a pas attendu la théorie occidentale de la firme.

IV. Enjeux, courants de pensée et futurs possibles

4.1 Herbert Simon : la rationalité limitée (1955-1957)

Herbert Simon (1916-2001), à Carnegie Mellon, montre que l'agent réel ne maximise pas : il satisfait (« satisficing », 1955), s'arrêtant à la première solution acceptable. La rationalité limitée (Models of Man, 1957) fissure l'hypothèse de l'agent parfaitement calculateur. Prix Nobel 1978.

4.2 Kahneman et Tversky : l'aversion à la perte (1979)

Daniel Kahneman (1934-2024) et Amos Tversky (1937-1996) publient dans Econometrica (1979) « Prospect Theory: An Analysis of Decision under Risk » : les individus évaluent les résultats par rapport à un point de référence et souffrent davantage d'une perte qu'ils ne jouissent d'un gain équivalent. L'économie comportementale entre dans le cœur de la discipline ; Kahneman reçoit le Nobel en 2002.

4.3 Keith Hart et l'invention du « secteur informel » (Accra, 1973)

À partir d'un terrain mené à Accra (Ghana) entre 1965 et 1968, notamment dans le quartier de Nima, l'anthropologue Keith Hart publie en 1973 « Informal Income Opportunities and Urban Employment in Ghana ». Il y constate qu'une écrasante majorité des femmes actives et une large part des hommes tirent leurs revenus hors de l'emploi salarié formel, et forge la notion de secteur informel — reprise la même année par le Bureau international du travail. Le concept déplace l'objet de la microéconomie : le marché ne se réduit pas à la firme enregistrée.

4.4 Le design de marché (depuis les années 1990)

Quand aucun prix ne peut se former spontanément — attribution de fréquences hertziennes, affectation d'internes aux hôpitaux, appariement d'élèves et d'écoles, dons d'organes —, les économistes construisent les règles du marché lui-même. Alvin Roth et Lloyd Shapley reçoivent le prix Nobel 2012 pour la théorie des allocations stables et le design de marché (Roth et Sotomayor, Two-Sided Matching, 1990).

4.5 Débats contemporains

Quatre lignes de fracture structurent la microéconomie d'aujourd'hui. D'abord l'opposition entre l'agent rationnel de Walras et d'Arrow-Debreu et l'agent faillible de Simon et de Kahneman-Tversky. Ensuite l'invisibilisation du travail domestique non rémunéré, dénoncée par les économistes féministes — à mettre en regard, précisément, de l'autorité marchande de l'Iyalode yoruba. Troisièmement, la pertinence même des catégories occidentales (la firme de Coase, le marché walrasien) face à l'informalité documentée dès 1973 à Accra, qui reste la norme d'emploi dans une grande partie du continent. Enfin la fixation algorithmique des prix par les plateformes numériques et l'intelligence artificielle, qui pose à nouveaux frais la question du juste prix — celle-là même que posait Thomas d'Aquin en 1265.

V. Synthèse — méthode Sankofa

L'image simple à retenir : la balance du marché.

Imaginez une vieille balance à deux plateaux, comme celles des marchés antiques de Babylone, de Kano ou de Tombouctou. Sur le plateau gauche, ce qu'un vendeur est prêt à offrir à chaque niveau de prix : l'offre. Sur le plateau droit, ce qu'un acheteur est prêt à payer : la demande. Le prix affiché est le point où la balance s'immobilise.

Toute l'histoire racontée ici n'est que le récit de la manière dont l'humanité a compris ce qui fait pencher chaque plateau : le coût de production et la rareté (Hammourabi, Ricardo) ; l'estimation subjective de l'utilité (Covarrubias, Jevons, Menger) ; l'autorité royale ou étatique qui bloque la balance de force (Hammourabi, Dahomey) ; l'incertitude et le risque (Bernoulli, von Neumann) ; et enfin les limites de notre propre jugement (Simon, Kahneman-Tversky).

Croquis conceptuel. Une balance à deux plateaux sur un axe vertical gradué en prix. Plateau gauche : courbe montante de l'offre. Plateau droit : courbe descendante de la demande. Le croisement des deux courbes donne le prix d'équilibre — les « ciseaux de Marshall » (1890). Autour de la balance, une frise chronologique en arc de cercle.

Frise chronologique. Hammourabi (v. 1754 av. J.-C.) → Deir el-Medineh (v. 1550-1080 av. J.-C.) → Xénophon (après 362 av. J.-C.) → Aristote (v. 350 av. J.-C.) → al-Bakri sur le Ghana (1067-1068) → Thomas d'Aquin (1265-1274) → Ibn Battuta au Mali (1352-1353) → Ibn Khaldoun à Tunis (1377) → Kano sous Rumfa (1463-1499) → Covarrubias à Salamanque (1565) → Whydah/Dahomey (1727) → Quesnay (1758) → Smith (1776) → Ricardo (1817) → Cournot (1838) → Gossen (1854) → Jevons/Menger (1871) → Walras (1874) → Marshall (1890) → Coase (1937) → von Neumann-Morgenstern (1944) → Nash (1950-1951) → Arrow-Debreu (1954) → Hart à Accra (1973) → Kahneman-Tversky (1979).

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